Le Luth doré, 1911· Les jeux des saisons
Réminiscences
Pour Étienne Charles.
Déjà le soir sur le silenceIncline son front grave et beau.Un dernier rayon se balanceSur les tulipiers du coteau.
Ah ! paisible et claire vallée,Combien vous évoquez pour moi,Avec vos arbres de Judée,L’Orient et son bel émoi !
Sur le velours de la prairieParfois tombe avec un son mat,Comme aux plaines de Barbarie,La figue rouge et le cédrat.
Le ruisseau qui frôle la riveS’enfuit avec le bruit presséDes rus d’argent à l’onde viveDont Alep se voit traversé.
Dans leur gaine souple les roses,Qu’un tiède zéphyr va baisant,Brûlent des mêmes flammes rosesQue leurs frêles sœurs d’Ispahan.
Les cèdres bleus aux branches platesOnt, ainsi que ceux du Liban,Un tiède parfum d’aromatesDans un bruit de mer s’exhibant.
Et, sur le sable des allées,Les pattes fines du lézardLaissent des traces étoiléesComme à l’enclos sacré d’Omar.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources