Le Luth doré, 1911· Les jeux des saisons
Moments
Pour Georges-Eugène Bertin.
— Il est, dans les matins d’automne,De chers adieux,Sous les berceaux roux que festonneLa grappe aux grains bleus.
Le vent de la rafale emporteLes longs baisers,Avec l’amas des feuilles mortes,Aux vallons glacés.
— Il est, dans les ombres morosesDes froids hivers,Des bonjours doux comme des roses,Comme le feu clairs.
On a le cœur, sous la tourmente,Tout embaumé,Rien qu’à voir la courbe charmanteD’un visage aimé.
— Il est, dans les fraîches auroresDu renouveau,Des caresses que voient écloreLes fleurs du coteau.
Les bouches, comme des pétalesSous le zéphyr,S’agitent, calmes ou brutales,Au gré du désir.
— Et dans les étés de lumièrePâmés d’amour,Quand sous les flèches meurtrièresDu ciel luit le jour :
Il est de farouches étreintes,Où l’être entierSe brûle, comme les jacinthesAu bord du sentier.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources