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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les heures de la muse - I, 1902· Italiam… Italiam…

Italiam… Italiam…

Pierre de Bouchaud· 116 vers

Poète, l’Italie est douce au cœur qui l’aime,Et l’azur radieuxÉtincelle à son front comme un grand diadèmeAu front sacré des Dieux.

Le chœur harmonieux et charmant des SirènesHante toujours ses flots.Comme autrefois, le soir elles rôdent, sereines,Auprès des matelots.

Et le long du rivage où la Muse à VirgileDictait ses nobles vers,Le haut pin parasol sur le ciel clair profileSes rameaux toujours verts.

Une lumière tiède, immuable et dorée,Baigne les horizons ;Elle engendre la joie éternelle et procréeDe suaves saisons.

Mais qui dira surtout les souvenirs antiquesÉpars en ce pays ?Les hauts faits, la valeur, les gloires, les reliques,De ses illustres fils ?

Qui montrera la ligne aux sinueuses fuitesDe ses coteaux ombreuxOù vient errer encor l’essaim blond des CharitesDont flottent les cheveux !

Et qui saura surprendre, au vieux fronton des temples.Les mots mystérieuxRelatant les hauts-faits, les luttes, les exemples,Le labeur des aïeux ?

S’il ne sent ses pensers, son esprit et son âmeVibrer et s’attendrirSous le pavillon bleu de ce pays de flamme ;S’il ne sait voir fleurir

Dans le présent toujours les anciennes légendes,Et, sous l’averse d’orDu splendide soleil brûlant ravins et landes,Le Passé vivre encor.

Celui-là seul est digne aussi de te comprendreQui s’approche de toi,Reine auguste, Italie, ô Mère douce et tendre,Le cœur rempli de foi.

Le culte que tu veux est un vrai culte, austère,Pur, fidèle, absolu ;Il doit s’étendre ainsi qu’à l’arbre solitaireLe pampre chevelu.

Il doit, pareil à l’aigle, au milieu de l’espacePlaner et demeurerEt tandis qu’ici-bas tout se flétrit et passe,Croitre, fleurir, durer.

Italie, Italie, ô pays de mes rêves,O pays merveilleux,Il m’est doux, sur tes champs, sur tes monts, sur tes grèvesDe reposer les yeux.

Il m’est doux de fouler ta terre vénérable,Ta terre de beauté :D’adorer tes palais, tes dômes, tes rétables,Tes vieux murs, tes cités.

Il m’est doux de me perdre en tes plaines heureusesEt d’écouter le ventVibrer comme une lyre en frôlant tes yeusesAu feuillage mouvant ;

De m’asseoir sur tes bords dont la vague caresseLe sable gris d’argent,Et de sentir en moi passer toute l’ivresseDe ton site changeant ;

De fuir les blancs frimas et les terres morosesDes froids pays du NordPour ton ciel éclatant, tes éternelles rosesEt tes mimosas d’or ;

D’oublier l’horizon brumeux des climats tristesOù pleurent les autans,Auprès des airs joyeux que le flot d’améthysteSusurre à ton printemps ;

De quitter les coteaux, les vallons pleins de neigeEt les étangs glacés,Pour retrouver tes Dieux charmants et leur cortège,Par Zéphyr caressés.

O nobles visions, heures simples et belles,Harmonieux frissons ;O rêves poursuivis sous les vertes ombellesDes pins noirs ; ô saisons

Qu’un sourire immortel épanouit sans cesseSous l’azur transparent ;Aubes roses mettant de si douces caressesSur ton sol odorant ;

Jours rayonnants pâmés sous la brûlante étreinteDe ton divin soleil ;Crépuscules légers couvrant ta terre sainteDe leur manteau vermeil ;

Nuits aux longs voiles bleus plus légers qu’une gaze ;Espaces étoilésOù le sang du rubis près des rais de la praseEt des éclats perlés

Du jade forment des gerbes de pierreries,Vaste océan de feuxLuisant dans la ténèbre, immensités, féeries,O mondes lumineux !

Je ne puis me passer de vous. Toute la gloireDes plus vaillants hérosNe saurait en mon cœur affaiblir la mémoireDe vos charmes si beaux !

Tel un arbre enlacé par la flexible soucheDes glycines peut voirSous la liane molle et que de l’aile toucheLe bruyant bourdon noir,

Disparaître son bois capté de branche en branche,Ainsi mon être est pris,Mère, à ton souvenir. Les dons que tu épanches,Ah ! j’en connais le prix !

Je ne puis, comme un marbre envahi par le lierre,Dénouer les liensQui m’attachent, Pays, à ta fortune fière,A ton sol, à tes biens.

Et je sens que mon cœur, jusques à la mort même,Brûlera pour ton art,Et que j’emporterai ta vision suprêmeDans mon dernier regard.

116 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources