Les heures de la muse - Ii, 1902· Les antiques
La charité au faune
Pour Jacques Villeneuve.
Va-t’en ! Faune impudent ! Laisse brouter ma chèvreEt fuis, par Jupiter ! Tu convoites le laitQui, parfumé d’ail tendre ou d’oignon aigrelet,Me fournit un nectar savoureux à la lèvre.
Au gîte va plutôt capturer quelque lièvre,Saisir la gent ailée aux mailles d’un filet,Cueillir l’arbouse ou bien le doux fruit violetDes pruniers ou la baie ovale du genièvre.
Prends garde en me bravant d’exciter mon courroux !Crains que mon bras trop prompt ne sillonne de coupsTa face, ton front vil et ta croupe velue…
Mais quoi ! voici des pleurs qui remplissent tes yeux.Tu trembles ! Tes regards m’implorent, anxieux…Val Bois au pis gonflé comme une outre qui flue.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources