Les heures de la muse - Ii, 1902· Les antiques
La fidélité au sol
Pour Jean Renouard.
Écoute ! L’ombre chaude a frémi. La glycinePalpite avec émoi sous le souffle d’un Dieu.La rosée a mouillé de pleurs le cèdre bleu.Le profil du berger près du bois se dessine.
Par ta porte entr’ouverte, avec l’odeur divineDu foin coupé séchant sous le grand ciel en feu,Pénètre le parfum, tendre comme un aveu,Des parterres fleuris où le bourdon butine.
On entend au lointain mugir des bœufs couplés,L’essieu des chars gémir dans les champs isolés,Le grincement du soc, les coups sourds de la hache.
Tous ces bruits te sont chers. Tu les connus enfant.Tu les aimes encor aïeul, et je comprendsQue tu veuilles mourir où le Destin t’attache.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources