Les heures de la muse - Ii, 1902· Les rayons
Les rayons
Le jet d’eau dans l’air qu’il troueDe son liquide fuseauHeurte le soleil qui joueAux mailles du fin réseau.
Le prisme qui décomposeLeur or en multiples lacsMet aux rayons un trait rose,Des tons vert tendre ou lilas.
La flèche qui les transperceD’un dard mobile et menu,Les éparpille et les verseSur le bras d’un Triton nu.
Et leurs feux que l’on voit poindre,Leurs capricieux dessinsRéfractés, vont se disjoindreDans les vasques des bassins.
Alors ces traits éphémèresQue lança l’ardent soleil,Remontent tous en poussièresA leur archer nonpareil.
Sage ! ainsi la Vie humaineQue traverse le Destin,– Tel un jet d’eau qui l’entraîne, —S’achemine vers sa fin.
Toute lutte est inutileContre la Fatalité.Devant l’eau qui les parfileLes rais sont sans volonté.
Sache donc ainsi descendreA la mort sans nul frissonEt que retourne ta cendreAu soleil comme un rayon !
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les heures de la muse, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources