Les jours reflétés, 1925· L’ambition
Épilogue
Ardeur des beaux élans où la pensée, encloseDans le subconscient, lentement se compose,Comme au sein du bouton se prépare la rose.
Jets subtils de l’Esprit, loin des geôles du corps ;Verve. Jaillissements. Sublimités. Essors.Et méditations prenant vie au dehors.
Plus ma vigueur s’éteint, plus mon être fragileAspire à s’évader de sa prison d’argile :Plus ce qui n’est pas vous, me devient inutile.
C’est vous le dernier fil qui rattache mes joursA l’Idée, et c’est vous mon suprême SecoursQuand déjà le néant m’emporte dans son cours.
Car si les monuments éternisent sur terreMaint haut fait qui, sans eux, ne serait qu’éphémère,Sans votre appui, pensers, qui saurait leur mystère ?
Vous êtes les gardiens de la pérennité.Le soleil sur les fleurs n’a pas votre clarté.L’esprit, plus haut soleil, vous dispense à son gré.
Son pouvoir bienheureux, qui seul se sait, déchaîne,Tel l’essaim émigrant danse à travers un chêne,L’élan inspirateur dans la verve soudaine.
Plus vites que les vols des brises, vos rayonsPortent où vous voulez leurs fulgurations,Reflets perpétuels des constellations.
Qu’importe qu’ici-bas la foule méconnaisseVos sursauts, vos éclats et votre force expresse,Et par dérision vous nargue ou vous délaisse !
Depuis l’aube des temps, avec rage, les sotsA vos beautés, concepts, livrèrent des assautsSans que jamais pourtant, vous ayez fait défaut
A ceux qui se fiant à votre pure flamme,A ses ravages fiers, à son sublime drame,Ouvrirent à Phébus toute grande leur âme.
33 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources