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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les jours reflétés, 1925· La vie· II In Memoriam

Gratitude

Pierre de Bouchaud· 38 vers

Chers Morts, j’ai beau chanter de l’éternelle vieLa sève inépuisable en force épanouie,Mon être toujours plus s’inféodant à vousVous appelle, vous pleure et vous regrette tous.Car comment oublier, grands Dieux, votre hécatombe ?L’alleu franc, sous vos corps innombrables se bombe,Les lieux où si longtemps, ô frères, vous teniez :Vos martyres cruels les ont sanctifiés.C’est là que vous avez vidé l’amer calice ;C’est là qu’il vous fallut faire le sacrificeD’espoirs dont quelques-uns, déjà réalisés,Guidaient vers un heureux âge mûr vos pensers.Mais la guerre a brisé les élans de vos vies.Bellone déchaîna contre vous ses furies.Vous pressentiez les maux que vous dûtes souffrir.Le triomphe est à ceux qui savent bien mourir.— C’est pourquoi, jour et nuit, contre mon cœur fidèleVos mânes de héros viennent battre de l’aile.Tant qu’elle s’accroîtra la toile de mes ansPour seule trame aura vos souvenirs vivants.Alors même que je vous passe sous silence,Vous hantez, sachez-le, toujours mon existence.Vous êtes près de moi, vous habitez en moi.Vous êtes ma beauté, ma lumière et ma foi.Je vous sais mélangés aux baumes, aux essences,Aux pollens infinis, aux multiples essencesQue Cybèle se plaît à confier au sol,Ou que l’agreste vent emporte dans son vol.

— Si bien qu’en célébrant les arbres et les plantes,Les bourgeons qui seront des fleurs étincelantes,Vos tertres abondants sous la voûte des bois,Les plaines, les vallons où vos restes, parfois,S’émiettent pour jamais dans les bras de la terre :C’est à vous que mon hymne, ardent ou bien austère,S’adresse, ô chers Gisants, tombés pour le paysEt l’avenir de paix solidement conquisAu prix d’une admirable et sublime victoire :

Et ma Muse reflète un peu de votre gloire.

38 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources