Les jours reflétés, 1925· Hors de France
La maison de Raphaël Sant
Voici la demeure immortelleOù naquit Raphaël Santi.C’est ici qu’il ouvrit son aileEt pour son grand Destin partit.
O beauté touchante ! Sa mèreGuidait, ici, ses premiers pas,Et c’est ici qu’à la lumièreIl tendit ses deux petits bras.
Comment demeurer insensibleA l’humilité de ces lieuxOù, dans ce cadre si paisible,Un tel poète ouvrit les yeux ?
Ses premiers regards se portèrentSur la rue aux pavés étroits,Le campanile aux lignes fièresEt la loggia de Saint-François.
Et sans doute il gravit la pente,Que domine et surplombe encor,La forteresse menaçanteComme un navire de haut bord.
Il ramassa dans les vallées,Ainsi qu’aujourd’hui les enfants,Au bord des sentes isolées,Les violettes du printemps.
Il chercha, dans l’abri des haiesOu des buissons, les nids d’oiseaux,Et fouilla les hautes futaiesPour s’emparer des tourtereaux.
Il parla le doux dialecteQu’Urbin, de nos jours, parle encor,Aux champs que la rosée humecte,A l’eau reflétant le ciel d’or.
Il vit monter les aubes rosesSur les monts de Piétralata,Et le crépuscule et ses rosesMourir derrière Carpegna.
Puis, voulant imiter son père,Giovanni, prenant le pinceau,Il sentit dans son âme fièreS’éveiller le culte du Beau.
Et, la nuit, le ciel plein d’étoilesMontrait à son rêve enfantinToutes les Gloires faisant voileAu-devant de son grand Destin.
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources