Les jours reflétés, 1925· La vie· I L’esprit
Pour conserver a la muse les faveurs d’apollon
Promenant ses doigts fins sur sa flûte d’ébène,Pan rit au chant joyeux que souffle son haleine.
La traîne des paons blancs se rebrousse au zéphyr.Les miroirs d’eau du parc ont des teintes saphir.
Aux églantins, l’agneau laisse un peu de sa laine,Tout est beauté, parfums, trilles et cantilènes.
Tel un Faune, le Temps, à la bouche une fleur,Sur les sentiers moussus, court, ivre de bonheur.
Des nuages, pareils aux ailes de Victoire,Parsèment l’azur vif d’une flotte de gloire.
Esprits de l’air, portés par le souffle des brisesSur ma lèvre je sens vos caresses exquises.
Sylphes légers, Follets, ne vous détournez pasDe moi, durant vos jeux, vos ris et vos ébats.
Associez ma Muse à vos pimpants cortèges.Que vos soins vigilants de tout mal la protègent.
Puisqu’elle n’eut qu’un but, depuis toujours, Esprits,Mériter, obtenir votre grâce sans prix.
Lorsque d’ingrats dévots se retiraient de vous,Elle entoura de soins votre culte entre tous.
Et des touffes de thyms, de lauriers, de lavandes,Forma pour vos autels d’odorantes guirlandes.
Car elle savait bien qu’à vos seuls serviteursApollon daigne offrir ses plus hautes faveurs.
Car de la délicate et vivante couronneDe vos ailes, le Dieu du rythme s’environne.
Et vous l’influencez en lui disant les nomsDe ceux dont vous guidez le rêve au flanc des monts.
Mais ceux-là, désormais, vont dépasser le rêve,L’élan des grands pensers jusqu’au ciel les soulève.
Et c’est pourquoi, Follets, Sylphes, cortège ami,Aujourd’hui comme hier, demain comme aujourd’hui,
Aidé du réconfort sans nom de vos présences :J’implorerai fidèlement leur assistance,
Pour que, tant que la Parque épargnera mes jours,A ma Muse Apollon accorde son secours.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources