Les jours reflétés, 1925· La vie· I L’esprit
Symbolisme
Par ce temps de gel clair que le soleil caresseDans l’éteule le soc s’enfonce avec ivresse.
Cette nuit des oiseaux migrateurs ont passé :Bruit étrange pareil au flux d’un flot pressé.
Le froid survient. Il court sur les routes sonoresEt dépouille déjà les arbres qui se dorent.
C’est l’automne, mais aujourd’hui ne décris point,Muse, le beau décor par toi si souvent peint.
Laisse là le réel. Néglige la Nature.Dans ton âme descends. Puise à sa source pure.
Et partant du symbole offert à tes regards,Cède à l’Esprit. Cède à l’Esprit partout épars.
Écoute, entends, conçois sa puissance indicible,Agrée avec bonheur qu’il te prenne pour cible.
Accepte sa maîtrise et docile à son joug,Ris de Verlaine au sublime tordant le cou !
Et loin de la tuer, demande à l’éloquence,Muse, de te servir avec intelligence,
D’inspirer, d’exalter, de hausser tes accents,D’arracher tes concepts à la gangue des sens,
De montrer que ceux-ci sous le réel se voilentComme au soleil ardent des poussières d’étoiles,
Que tout le beau spectacle étalé devant toiN’est rien si tu n’en veux admirer que l’arroi.
Que de l’activité fidèle de la terreIl faut savoir comprendre et creuser le mystère.
Décuple ton élan. A l’effort obstinéPerpétuellement par Cybèle donné,
Et tant qu’ici-bas luit ta fragile étincelle,Alimente sa flamme à la flamme éternelle,
Lors tu pourras, aux jets de sa haute clarté,Dégager, chaque jour, le rayon de beauté,
Que, même en l’humble atome ou la plus vile pierre,Depuis l’aube des temps, abrite la matière.
34 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources