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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les jours reflétés, 1925· La vie· I L’esprit

Prière a Phoibos-apollon

Pierre de Bouchaud· 68 vers

Grand Apollon, qui t’ériges,En ce bas-relief,Sur un char que deux quadrigesTirent ; noble chef,

Qui du chœur des Muses mènesL’essaim éthéré,Et dans leurs âmes déchaînesLa flamme, à ton gré,

Toi qui, sur le mont Olympe,Guides aux sentiersSecrets où l’œgypan grimpeTes initiés :

Je t’offre ici d’un servageFort comme l’amour,Une fois de plus l’hommage —Lige, sans retour !

Ton rythme strict disciplineL’esprit, ici-bas ;Et sans errer l’on chemineEn suivant tes pas.

Les dévots que tu protègesTe font, Dieu des vers,Le plus féal des cortègesPar tout l’univers.

Nul autour d’eux ne se douteQue tu les conduis ;Que pour ton art chacun joute,A fond, jours et nuits.

Leur tâche échappe au vulgaireQui, les côtoyant,Certes, ne se doute guèreQu’ils sont tes croyants.

La foule futile ignoreCes amis élusQue ton zèle ardent dévore,Et que tu te plus

A parer de l’orbe auguste,Invisible aux yeux,Mais que sur leur front ajusteTon geste pieux.

Ils n’ont d’autre récompense,Pour tant de ferveur,Que la force que dispenseSans bruit ta faveur.

Ta bouche a baisé leur boucheDe prédestinés.Or, ceux, que ta lèvre touche,Savent qu’ils sont nés

Sous l’astre heureux du Sublime,Et qu’en véritéSeule, grâce à toi, s’exprimeL’insigne Beauté

… Dieu qui du miel des IdéesNourris les mortels :Je veux de fleurs d’orchidéesOrner tes autels.

Je joins à leurs tiges raresDes volubilisQue sur mon auvent amarrentLeurs vrilles en vis…

Reçois ces gerbes choisiesPour qu’à tout momentEn état de poésie,Je sois saintement,

Et que ton puissant délireDonne à mes écrits,Roi des Nombres, Porte-lyre,Phébus, quelque prix.

68 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources