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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les jours reflétés, 1925· La nature

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Pierre de Bouchaud· 44 vers

Par ces jours d’hiver bas, monotones et tristes,Esprit, que devenir, si tu ne nous assistes ?

Si tu ne nous conduis à la grande clartéOù germent les pensers, de toute éternité ?

Lueur dont les éclats n’ont pas de défaillance,Puisque l’Idée alerte est leur seule ambiance,

Entretient, jour et nuit, leur beau jaillissement,Projette le ciron qu’est l’homme au firmament,

L’arrache, en un clin d’œil, aux fers de la géhenneQue, pour tant de mortels, forge la vie humaine,

Ou bien, aide, ici-bas, ses leudes à porterLa gangue de l’épreuve avec sérénité

Les privilégiés que ta puissance anime,Et qui sont pleins, Esprit, de ta grâce divine,

N’auront, certes, jamais de meilleur réconfort,Quelles que soient contre eux les attaques du Sort.

Couverts de ton égide, au milieu de la foule,Agitant à l’entour ses grelots et sa houle,

Ils s’en vont, méditant tes préceptes, n’ayantD’autre désir que toi, à toi seul se fiant.

Toi seul es la mesure ou la raison de vivre,Le guide que l’on peut sans nulle crainte suivre,

Car alors que tout se désagrège ici-bas,Grâce à ta pureté, tu ne te corromps pas.

Puisque de son essence impalpable et sacréeJaillit obstinément une vertu qui crée,

Et, naissant d’elle-même, en ses fidèles metCette soif de beauté qui ne s’éteint jamais

— Le ciel est bas. L’hiver dans les sapins pleure.Le givre des rameaux tombe au vent qui l’effleure.

Le brouillard sur les fronts pose un bandeau glacé.Le guier strident se tait, par le gel oppressé.

Sous la chappe de plomb de la mélancolie,Le cœur, craintif et las, tristement se replie ;

Comme, dans un cachot, le pauvre prisonnierRessasse ses malheurs, au banc de fer lié,

Et comme le damné, laissant toute espérance,Ne tente même point de crier sa souffrance.

Mais un tel désespoir n’atteint pas tes élus.L’ambiance soudain pour eux n’existe plus.

Lorsque ton pur soleil radieux les éclaire :Qu’importent le ciel bas, la brumeuse atmosphère ?

Puisque, malgré l’hiver, leur âme refleuritToujours, à ton contact, perpétuel Esprit.

44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources