Les jours reflétés, 1925· La nature
Printemps d’automne
Dans son péplum strié de reflets éclatants,L’Automne ressembla, tout ce jour, au Printemps…
Les pêchers dénudés, avec leurs rameaux roses,Paraissaient chamarrés ainsi qu’au mois d’avril.Les jardins étaient pleins de fleurs fraîches écloses.Les pigeons échangeaient leur plus câlin babil.
L’émeraude des prés en pente était si viveQu’on les croyait vêtus d’un gazon tout nouveau.Le fleuve lent venait lécher contre la riveDes liserons ouverts l’éclatant écheveau.
Parfois, dans quelque haie, une humble violettePerçait le nid de mousse où sa plante vivait,Et la ronce montrait son étoile fluettePrès de la clématite au tremblotant duvet.
L’atmosphère était fraîche, adorable et légère,Comme en mai, quand le froid n’est plus qu’un souvenir.Les chevreaux gambadaient en suivant leur bergère.On entendait au loin quelque poulain hennir.
Il y avait dans l’air comme un parfum de sève.Les passereaux heureux chantaient éperdument.L’horizon se drapait de ces brumes de rêveQu’étend le Renouveau sur son enchantement.
L’or du soleil tombait en ondes caressantesAux coteaux dont les bois, sans doute, allaient verdirEt l’on se surprenait, au bord tiède des sentes,A voir si le muguet s’était mis à fleurir.
Les trèfles incarnats incendiaient la terre.Dans les champs ondulait la moire du blé vert.Les guiers roulaient avec un fracas de tonnerreDes flots aussi glacés qu’au sortir de l’hiver.
Et quand tomba le soir, mainte odeur délicateDe fraise, de glycine et de thym s’épandit,Et, comme en la saison, où le bourgeon éclate,L’âme de germinal vint saluer la nuit…
Dans son péplum strié de reflets éclatants,L’Automne ressembla, tout ce jour, au Printemps.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources