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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les jours reflétés, 1925· La nature

Le vent d’automne

Pierre de Bouchaud· 90 vers

Le grand Vent solitaire et purFrappant le cristal de l’azurPousse une ardente plainte ;Il rampe, il glisse, il joue, il lance autour de toiSon réseau de détresse, et je sens son étreintePénétrer jusqu’au fond de nos cœurs en émoi.

Il heurte à grands coups la demeure.Écoute ! l’on dirait qu’il pleureL’espoir qui s’est enfui.Comme un gardien hostile il surveille nos âmes,Contre elles il s’acharne et, comme un trait, son bruit,Veut percer, on dirait, leurs vacillantes flammes.

Il est l’infernal ennemiDont l’instinct, jamais endormi,S’oppose à toute ruse,Et dont le bras secoue et frappe sans pitiéTout ce qui, vain mortel ou chose, se refuseAu tenace défi de son inimitié.

Entends ! Il glisse sous la porteUn cadavre de feuille mortePour mieux anéantirA sa ténacité la moindre résistance.Eh bien ! Chassons la peur. Ouvrons-lui sans frémir,Entre, ô Vent ! Fais de nous, Vent pur, ta subsistance.

Le voici qui, sur tes cheveux,Joue avec les fins rubans bleusDont s’entourent tes tresses.Sois sans crainte. Voici qu’il veut s’apprivoiser,Glisse autour de ton cou de salubres caresses,Et sur ton sein comme un oiseau vient se poser.

Il harcèle en riant ta robeQui le repousse et se dérobeA ses rapides doigts.On dirait qu’il s’émeut de ta frêle faiblesse,Et qu’il se fait, espiègle et joyeux à la fois,Docile comme un page, orgueil de sa maîtresse.

Sois sans crainte. Son tourbillonS’est ému du tendre rayonQue filtrent tes paupières.Il est désormais ton esclave, et n’ose plusImposer à ton corps l’élan de ses mains fières,Amie, et contre toi ses heurts sont superflus.

Savoure la gloire de t’êtreAssujettie enfin le maîtreIndomptable de l’air…Et maintenant, va. Sors. Aventure aux antennesDes rafales, passant plus promptes que l’éclair,Ton visage. L’Amour tient le Vent dans ses chaînes…

Le Vent abrite sa rumeurDans le tiède écrin de ton cœur.Son écho te pénètre.Tu n’es plus qu’un murmure épars et frémissantOù le remous ailé, comme un flux, enchevêtreSa force et son fracas, tour à tour fléchissant.

Aussi légère qu’un nuage,Tu n’es, semble-t-il, que voyage,Transports, rapidité.Comme lui ton écharpe opaline dénoueSa mobile vapeur, qu’avec félicitéLe Vent semble effeuiller sur le bord de ta joue.

Tu n’es plus rien. Tu n’es plus rien.Comme une rose sans soutien,Ivre de ses aromes,Tu t’effeuilles, légère, aux quatre coins du ciel,Ou glisses, tel un sylphe alerte, au ras des chaumes,Dans la plaine, parmi l’éther essentiel.

Ah ! qu’importe ? Va. Marche encorePuisque la rafale sonoreVeut se vaincre pour toi,Et comme un chèvre-pied qui bondit sur la mousse,Aux accords de sa flûte, attire vers le boisTes pas. Dans les taillis la promenade est douce.

T’y voici. Le Vent meurt. Sa voixSe tait à présent. Et tu voisFléchir un peu la cimeDes grands arbres, naguère, âprement ravagés.Respire autour de toi cette ivresse sublime,Aspire ces parfums des rameaux dégagés.

Une odeur de terre et de pluie,De sève et de sauge fleurieSort de chaque sentier.Quelle est autour de toi cette invisible haleine ?Quel tendre émoi, soudain, s’élevant du hallier,Fait déborder les pleurs de ton âme trop pleine ?

Ce n’est plus l’effroi que le ventVient t’apporter, en soulevantLes longs plis de tes voiles…Douceur exquise ! Un Dieu descend des cieux rosés,Et l’Automne, le front diadémé d’étoiles,Sur ta bouche entr’ouverte a mis ses frais baisers

90 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources