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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les jours reflétés, 1925

Quand les yeux s’éteignent

DÉDICACE

Pierre de Bouchaud· 32 vers

’Iὼ σxòτo vέϕoς έµóv άπóτρoπov, επιπλóµευoυ α̎ϕατov,
άδάµατóv τε xαì δυσoσ́ριστov ὄv.
Oἲµiι,
oἲµoι µάλ’ αῧθις oῗov εỉσέδυ µ’ ἃµα
xέντρων τε τω̃νδ’ oἲστρηµα xαì µνὴµη xαxω̃ !
Œdipe Roi (vers 1313-19).Œdipe Roi (vers 1313-19).
O nuage de ténèbres, nuage odieux qui as
fondu sur moi, nuage indicible, indomptable !
autant qu’irrémédiable ! Hélas ! oui encore
une fois hélas ! De quelle pointe me
transpercent et l’aiguillon de mes souffrances
et le souvenir de mes malheurs !Traduction Masqueray

La lampe extérieure est éteinte, mais celleDe l’âme peut offrir encor quelque clarté.Je supplie, ô Phoibos Apollon, ta bontéDe n’en pas supprimer la fragile étincelle.

Tu le sais, rien ne m’a détourné de ta loi :Ni le dédain des snobs, ni les indifférences,Ni les conseils de ceux mettant leurs espérancesAux bassesses du cœur, aux gains de vil aloi.

Tout jeune j’observai ta stricte discipline,Tes règles, tes concepts guidés par la raison,Et célébrant l’esprit, ou de chaque saisonLes beautés, je pliai les Muses à ton rythme.

D’autres ont préféré courre les vains plaisirs :Pour moi, grand Dieu, je n’eus que cette seule envie,Te consacrer, Phoibos, chaque jour de ma vieEt faire de ton culte unique mon désir.

Tu sus me consoler quand m’arrimaient les peines ;Tu fus l’inspirateur de mes pensers, jaillisDe l’être comme l’eau sort du fond des taillis,S’écoule et se répand en nappes souveraines.

Ainsi, je cheminai sur la route des jours,Sous le fanon sacré de ta belle lumière :Ah ! puisse-t-il flotter jusqu’à l’heure dernièreOù l’Érèbe devra m’ouvrir ses noirs séjours.

Car c’est vraiment mourir deux fois, pour tes fidèles,Que de se voir, soudain, privé de tes faveursEt de sentir, hélas, que leurs pures ferveursNe peuvent plus vers toi monter à grands coups d’ailes.

Et je t’adjure, ô Maître, à l’instant où les yeuxDe mon corps, toujours plus s’embrument et s’effacent,De laisser mon esprit suivre les vols que tracent,Je le sais dans ma nuit — tes élans radieux.

Pierre DE BOUCHAUD. 5-8 janvier 1924.

32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources