Les jours reflétés, 1925
Prologue
Que tout se concentre, s’unisse,Que tout se répercute en toi ;Que tout à ton être aboutisse,Poète, en extase, en émoi ;
Qu’il n’y ait pas un seul atomeQui ne se trouve réfléchiPar ton âme ; pas un seul baumeDont les champs ne t’aient rafraîchi.
Que le grand essor de la briseAu ciel, ou sa mort sur le pré,Tantôt de sa force te briseEt tantôt te laisse enivré.
Que toutes les ondes des rosesPassent, repassent dans ton cœur.Sois l’abri des métempsycoses,Du grain, du bois et de la fleur…
Par tous tes sens touche le monde,Surprends ses lois et leur secret.Chaque jour, sois l’urne profondeOù tout se transforme et renaît.
Poète, alors tu seras digneD’entendre la langue des Dieux,D’obéir à leur moindre signe,De capter leurs mots radieux ;
D’être la lyre dont ÉoleTire les chants les plus divers ;De saisir sous leur grand symboleLes beaux aspects de l’Univers ;
De monter, en foulant sans trêveL’espace d’un agile orteil,Et d’atteindre à l’assaut le rêvePar des échelons de soleil.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources