Les jours reflétés, 1925· La vie· II In Memoriam
Souvenance
Chers défunts, je me sens toujours plus près de vous,Sachant que sans arrêt mes forces affaibliesIrrémédiablement, peu à peu, se spolientA l’appel de la terre où vous reposez tous.
C’est la loi ! C’est la loi ! — Toute colère est vaine !Que le cœur qui battit se change en un lambeauImmonde s’effritant dans la nuit du tombeau,Ainsi que s’abolit le gland qui choit du chêne.
Mais ce terme des ans, voulu par le Destin,Je ne puis, je ne puis l’accepter sans révolteQuand, blé qu’on fauche avant l’heure de la récolte,Jeunes héros tombés, j’évoque votre fin.
Car vous n’étiez pas faits pour si tôt disparaître.La vie à vous s’offrait comme une éternitéDe rêves, de rayons et de félicité,Comme un étalon vif obéit à son maître.
Et cette vision de votre injuste sort,Ce néant brusque auquel vous réduisit la guerre,Ces martyres humains que Bellone tolère,Comme la vôtre, auront précipité ma mort.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources