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un seul est le mot juste.

Les jours reflétés, 1925· La vie· II In Memoriam

Fidélité

Pierre de Bouchaud· 46 vers

Tandis que les vivants se reprennent, ô vie,A te revivre avec leur folle frénésie,Étroitement vous ne cessez de m’investir,Morts bien-aimés, soldats, ineffables martyrs,Que le sol à présent dans son obscur argile,Moloch dévorateur, lentement annihile.— Amis, je ne puis pas me séparer de vous.Ce souvenir me hante et m’émeut entre tous.J’évoque sans arrêt votre ardente jeunesse,En holocauste offert au pays ; cette ivresseDes vingt ans dans un corps magnifique fleurisEt que la dure mort a brusquement taris.… Les vingt ans L’univers qui chante et qui s’éploie ;L’espoir qui dans le ciel plus qu’un soleil flamboie.L’amour délicieux dont l’aimable horizonInvite à l’aventure et nargue la raison.

— C’est tout cela que vous avez sacrifié,Innombrables martyrs, essaim crucifiéSur le pourpre gibet dressé par la victoire.Vos hauts faits éternels qui hantent ma mémoireM’inféodent à vous, frères, étroitement.Ah ! qu’importent la vie et son enchantement.Honni soit le Français qui, s’il foule vos restes,Demeure, en contemplant leurs sépulcres agrestes,Le cœur insoucieux, l’œil sec et sans pouvoirEn sortant de lui-même un moment s’émouvoir.Au jour le jour, pour moi, beaux combattants de France,Je fis, vous le savez, mienne votre souffrance,Saignant de votre angoisse et suivant vos efforts,J’endurai sans répit chacune de vos morts.

— L’âme pleine de deuils, toujours je les endure.

— N’ai-je pas tort pourtant, puisque dans la NatureVous renaissez, froments, arbustes, fruits dorés,Jaillis du grand repos où vous êtes entrés.Puisque vous vous mêlez à toutes les essences,Puisqu’on pressent partout vos multiples présences.Adolescents loyaux, combattants surhumainsTombés en moissonnant la gloire à pleines mains ;Morts bien-aimés, suppliciés pour la justice,Pour que l’iniquité des batailles finisseEt qu’en dépit des sots insultant le progrès,Par le monde affranchi puisse régner la paix !…

— C’est pourquoi, malgré tout, après l’affreuse rage,Sur mes amers regrets reluit votre courage,Qui détruisant la haine, a, dès lors, méritéD’être par chaque peuple en tous lieux exalté.

46 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources