Les jours reflétés, 1925· Hors de France
Sur les bords de l’adriatique
O Solitude immense où dort la mer sereine,Plaine d’eau que traverse une molle carèneQui s’incline, bercée au rythme lent des flots…
Dans le sable étendu, j’écoute, les yeux clos,Remonter jusqu’à moi le souvenir des MythesQui désertant, un jour, le pays des Charites,Vinrent dans le zéphyr, ruminer à ces bordsLes chants dont la légende a réglé les accords,Et mêlèrent à ceux que cette onde soupire,Le parfum persistant des roses de l’Épire.
A vos mâts élancés, voiles asiatiques,Les Grâces ont tressé leurs pourpres poétiques ;Et l’homme primitif, incertain et troubléSent soudain qu’il n’est plus, ici-bas, exilé.Au rythme solennel des vagues murmurantes,Voici que, près de lui, fixant leur troupe erranteDont le soleil baigna la chlamyde d’azur,Les Fables doucement descendent du ciel pur,Ces beaux récits, anciens comme l’univers même ;Et l’homme connaîtra la vérité suprêmePuisque le conte seul transpose en infinisLes faits particuliers par le Temps désunis.
O mer harmonieuse ! O mer céruléenne,Salut à toi ! Salut ! Par ta liquide plaineNous arriva l’essaim magnifique des DieuxSur les vaisseaux partis de l’Orient pieux.Et c’est alors qu’on vit, auprès du sage Ulysse,Énée aux noirs cheveux, offrant en sacrifice,Chair sanglante inondant les marches de l’autel,Les taureaux ou la chèvre, à l’Olympe immortel,Et les siècles sculpter dans le marbre ou l’argile,Homère, tes guerriers, et tes héros, Virgile.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources