Les jours reflétés, 1925· Hors de France
Urbin
L’ARRIVÉE
J’ai passé de paisibles heuresDans ton enceinte grave, Urbin.L’hiver argentait les demeuresEt le monte Feltre lointain.
Mon œil fouille encor le dédaleDe ruelles et d’escaliers,Qui de la colline dévale,Tels mille rocailleux sentiers.
Il me souvient du soir limpideOù, très loin, je vis se dresser,Comme un chevalier intrépide,Ton roc, témoin d’un grand passé.
Sur la route en pente l’argile,Ainsi que le cristal luisait,Et la puissante automobileSuivait les sinueux lacets.
Et nous montions dans un silenceDont rien ne troublait la grandeur,A l’assaut de ton indolenceSous un ciel pâle et sans couleur.
Des aigles, volant dans l’espace,Décrivaient un immense rond.Le vent, à l’haleine vivace,Baisait virilement mon front ;
Venu des rivages Dalmates,On sentait que son souffle purS’était imprégné d’aromates,De neige, d’air vierge et d’azur.
Nous montions. Et la vieille égliseDu couvent de Saint-Bernardin,Au bord de son rocher assiseA mes regards parut soudain ;
Tandis qu’en face, tes demeuresSe pressaient au-dessus du valComme de timides mineuresAutour de leur palais Ducal…
Et le couchant mêlant ses roses,Aux tons rouillés de tes remparts,En faisait des apothéosesDe rocs et de rayons épars…
Le vent vibrait en longues plaintes,Lorsqu’au sommet de la hauteurJe pénétrai dans ton enceinte,Au bruit haletant du moteur.
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources