Les jours reflétés, 1925· Hors de France
Sur les bords de la mer tyrrhénienne
I
La lune alertement danse sur un nuageEt le jusant du flot danse sur le rivage.C’est le Printemps. Voici que l’essence des fleursÉpand partout sa nappe invisible d’odeurs.C’est le Printemps. Mon Dieu ! Que l’heure est belle à vivre !L’âme de son fardeau de peines se délivre.C’est le Printemps, avec sa fraîche crudité,Son atmosphère alerte et son alacrité.C’est le Printemps. Voici qu’il ramène la joieDans sa robe d’argent qui sur l’herbe flamboie.
Un rythme délicat comme un chant virgilien,Fait palpiter les airs d’enthousiasme. Et rienN’est plus attendrissant et plus doux que cette heure,Où les soupirs des pins, — que le zéphyr effleure,Dans le silence clair et profond de la nuit,Ressemblent, par instants, à l’harmonieux bruitQui s’échappait, jadis, de la lyre d’OrphéeEt donnait à son ombre une plainte étouffée.
II
Ouvre ton âme toute grandePour que le soleil en chantantY fasse éclore sa guirlandeDe flamme au reflet éclatant.
Vois ! les gais oiseaux sur les vignesTournent, tournent en gazouillant.Un brouillard blond drape les lignesDes collines, à l’Orient.
Les beaux désirs de l’AventureSemblent au ciel se réfracter,Et toute la jeune NatureSalernitaine s’exalter,
Et la Vie, alors que la sève,En coulant, féconde le sol,Poursuit les papillons du rêveDans les caprices de leur vol.
34 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jours reflétés, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1925· numérisation gallica.bnf.fr· Sources