Les Lauriers de l’Olympe, 1907
Épigramme votive
A ceux qui ont la fantaisie
Esprise ardantement du feu de poésie.RONSARD.
Que je voudrais laisser, ô poètes, mes frères,Déposés en mes vers,Tout le meilleur de moi, mes tendresses si fières,L’amour mon univers !
Ma Muse ne rêva jamais un seul poème,Qu’il ne fût tout à vous.Et si je murmurai quelquefois « Je vous aime »D’un air ardent et doux,
C’était le don entier de l’esprit et de l’âmeQu’alors je vous faisais,En invitant vos cœurs au foyer plein de flammeOù je me consumais.
Vous êtes, sachez-le, ma fidèle pensée.Mes mains ont recherchéL’étreinte de vos mains. Sur votre chair blesséeSouvent je me penchai !
Je vous ai bien chéris. J’ai pleuré vos tristesses,Partagé vos amours,Abhorré vos rancœurs, béni vos allégresses,Hier, aujourd’hui, toujours.
C’est pour vous qu’en chemin j’ai cueilli ces guirlandes,Que j’ai laissé ma voix,Ranimant les échos des antiques légendes,Chanter Pan et les bois.
Ah ! ne me croyez pas jaloux de votre gloire,Amis, vous savez bienQue j’en partage - avec quel bonheur ! – la victoireEt qu’elle est tout mon bien ;
Et qu’en me venant joindre à l’illustre cohorte,Je ne fus pas félon,Car je n’eus qu’un désir : accroître un peu l’escorteDont s’entoure Apollon.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources