Les Lauriers de l’Olympe, 1907· L’amour
Instants heureux
Ah ! qu’il est des jours bleus dont l’être s’illumine,Des jours où le bonheur brûle comme un soleil,Des jours où tout à coup se gonfle la poitrineComme une voile au vent après un long sommeil…
Pourtant il a suffi, mon Dieu, de peu de chosesPour ramener la joie au front désabusé :Un doux geste, un sourire, ou, sur des lèvres roses,Deux chers doigts qui de loin esquissent un baiser ;
Un appel, une phrase exquise et délicate ;Un bras à votre bras soudain s’abandonnant ;Un regard tout chargé de tendresse ; une natteEffleurant votre joue ardente, ingénument ;
Une main qui vous cède ; un sein qui s’abandonneEt que l’on sent frémir comme une aile d’oiseau ;Une âme que l’Amour transfigure et rend bonneEt qui sous son émoi plie ainsi qu’un roseau ;
Deux yeux profonds cherchant vos yeux ; les longs silences,Plus tendres et plus doux que des mots murmurés ;Et ces troubles laissant les amants sans défenses,Et ces forces qui font leurs cœurs démesurés…
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources