Les Lauriers de l’Olympe, 1907· L’amour
La jeunesse et l’amour
Ne vois-tu point passer dans leur robe fleurieLa Jeunesse et l’Amour, là-bas, sur la prairie ?
Leur ombre les précède et court sur le gazon.Leur diadème, avec toute sa floraisonDe cytises, d’œillets, de violettes blanches,D’amourettes, d’iris, de jasmins, de pervenchesEt de lierre cendré qui boit l’azur mouvant,A les frissonnements d’une aile dans le vent.
Regarde ! L’heure fuit sur la route si tendreDu fleuve. Cependant, d’ici tu peux entendreSon chant paisible, doux et toujours décroissant,Mais qui conserve encore un charme tout puissant,Puisqu’il dit la splendeur et l’émoi de l’annéeAu printemps ; l’été las de sa chaude journée ;Les parfums de l’aurore et l’arome du soir ;La Nature embrasée ainsi qu’un encensoir ;Les parcs pleins de soleil ; sur la feuille qui plieLe baiser ruisselant des larmes de la pluie ;Les zéphyrs se jouant aux branches du bouleauOu faisant dévier la flèche du jet d’eau ;Et sur la tige souple où s’incruste l’épineLes pétales de neige et d’or de l’églantine.
Regarde ! L’horizon semble s’être élargi !…
Sous les pas de l’Amour le sol est tout rougiDes pourpres de la fraise ou du sang de l’airelle.Il marche. Autour de lui ramiers et tourterellesFont des nimbes mouvants de soie et de clarté.Et le Dieu disparaît sous un dôme argenté,Quand le vol convergent de chaque volatileSur sa tête demeure un instant immobile.
Non loin d’Éros, dans sa pureté qui fleurit,La Jeunesse s’avance avec grâce et souritAux roses traversant les jours de sa corbeille.Parfois sur le gazon — goutte d’onde vermeille —On voit choir un bouton que vient brouter le faonQui gambade loin d’elle ou la suit en piaffant.
Et le couple est si beau que l’écho fait silence ;Que la source aux yeux clairs, qui des vasques s’élance,Suspend son frais babil en frôlant les roseaux ;Qu’émerveillés soudain se taisent les oiseaux ;
Et que les chèvre-pieds qui hantent le bois sombreAbandonnent leur sieste ou leurs ébats dans l’ombre,Pour suivre du regard, à l’horizon vermeil,Les Éphèbes jumeaux dans leur marche au soleil.
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources