Les Lauriers de l’Olympe, 1907· La nature
Je ne sais rien de doux…
Là s’élevoient les œillets rougissants,
Et les beaux lys en blancheur florissants,
Et l’ancolie en semences enflée,
La belle rose avec la giroflée,
La paquerette et le passe velours,
Et ceste fleur qui a le nom d’amours,
Le blanc neufart à la longue racine
Et le glayeul…RONSARD.
Je ne sais rien de doux, de charmeur et d’exquisComme un parc où le Dieu de l’Été s’est assis.Il fait jaillir partout le pollen. Ses doigts rosesOnt passé de la neige ou du sang sur les roses,Des tons de nacre au cœur des fins gloxiniasEt de l’émail à vos coupes, bégonias.Son souffle a ranimé les lys et les verveinesDont les touſſes de flamme éclatante sont pleinesD’essaims au vol sonore autant qu’une chanson.Il n’est pas un taillis, il n’est pas un buissonOù quelque fleur n’apporte, ainsi qu’une parole,Un parfum entr’ouvert au bord de sa corolle.Le jasmin sur le mur qu’il étoile d’argentS’accroche à la glycine, et le Niel, émergeantDe son buste épineux, balance, au flanc des aunes,Au bout de ses longs bras souples, des boutons jaunes.L’œillet luit sur sa tige et se mêle au cannaDont la feuille enroulée en cornet moissonnaCes larmes de la nuit : des gouttes de rosée.Les cactus lumineux ont l’air d’une fusée,Et leur rayon doré, rose, opale ou vermeil,Est au scintillement des étoiles pareil.Les pourpiers sur le sol tendent maint doigt fragile.Et les géraniums lèvent dans l’air leurs milleHampes où sont fixés des pétales de feu.C’est un éclatement de fleurs ; c’est l’essaim bleuDes clématites, liseron et gentiane.C’est le socle d’argent léger et diaphaneDe la reine des prés : le salvia, fiertéDu règne végétal, et le thym argenté ;L’héliotrope avec son odeur de vanilleQui dans les chauds bosquets s’abrite et s’éparpille.Mais c’est surtout, faisceaux de lumière, glaïeuls,Qui tendez doucement, auprès des vieux tilleuls,Aux lèvres de l’éther vos délicates urnesQue ne referment pas, ô Soir ! tes mains nocturnes,Mais dont la sève vive et la farouche ardeurComme d’un vin des Dieux s’enivre de lueurEt pour vivre a besoin du grand soleil lui-même,Glaïeuls, glaives de feu, c’est vous surtout que j’aime.Votre pâte animée et vos tendres veloursSemblent faits de l’éclat des plus torrides jours ;Et la brise tenant sur vous ses mains baisséesAgite mollement vos cloches renversées.Votre feuillage aigu transperçant la chaleurRessemble aux traits d’Éros où s’enferre le cœur,Et la pourpre inondant votre fleur qui se pâmeEst comme un sang épars sur le voile de l’âme.Et vous restez ainsi que de tendres amantsDont la chair a rougi sous les baisers brûlantsEt gardant sur leur sein, que le plaisir oppresse,Longtemps après l’amour, la trace des caresses…
Je ne sais rien de doux, de charmeur et d’exquisComme un parc où le Dieu de l’Été s’est assis.
54 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources