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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Lauriers de l’Olympe, 1907· La nature

L’accalmie

Pierre de Bouchaud· 36 vers

Pour monsieur Guy de Charnacé.

La lance d’arrosage avec son arc de pluieRepose l’atmosphère et rafraîchit les yeux,Et c’est délicieux,Cette eau dont la vapeur sur les roses s’appuie.

L’Été vient y tremper ses ailes de soleil,Et son front ceint d’épis et ses mains amoureusesEt les heures heureusesGlissent dans son sillon, tel un essaim vermeil.

Par moments, une goutte au cœur des capucinesS’infiltre et disparaît comme en un écrin d’or,Ou bien voit son essorArrêté sur les doigts griffus des églantines.

Les oiseaux par milliers entrelacent leur volSur la serre en cristal ou la ruche affairée.Tombant de l’EmpyréeParfois comme une flèche ils effleurent le sol.

Dans l’herbe aux brins mouillés parfois l’un d’eux se pose,Baigne son corps fluet, boit, sautille et, joyeux,S’enlève dans les cieuxD’où redescend son chant lointain d’apothéose.

Ah ! la joie adorable et le divin instant !Les tiges des pavots, sous l’onde fuseléeOscillant, vers l’alléePenchent de tout le poids de leur sein palpitant.

L’odeur tiède, sucrée et forte des verveinesQu’étoile l’eau, se mêle à l’arome des buis.La glycine du puitsDans ses grappes de fleurs s’enroule aux vieilles chaînes.

Et devant tant d’émoi, de grâce, de beauté,D’enivrement, de ciel, d’éther, d’azur, de flamme,De douceur qui se pâme,De pétales, de chants, d’ailes, de volupté :

On savoure si fort le miel de l’allégresse,Comme l’espace on a le cœur si plein de feu,Que l’on oublie un peuLa Guetteuse éternelle, implacable et traîtresse !

36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources