Les Lauriers de l’Olympe, 1907· L’amour
L’effroi
Le jour qui souffre et meurt se dissout en poussièresEt jette sur les fleurs des cendres de clartés.Des fantômes d’odeurs s’agitent et les pierresSemblent, sous le lichen, des troncs déchiquetés.
Le souvenir s’enfuit des heures que la vieDu jour tirait de l’ombre et vêtait de soleil.Les brumes sur l’éther tendent leur nappe unie.La nuit dans sa chlamyde apporte le sommeil.
Les lieux où maintenant le silence murmureUn thrène à ce qui fut l’âme et le cœur du jour,Ne sont plus, sous le poids sombre et froid qui les mure,Que chaos de branchage et gouffre tour à tour.
Mais, dans la plaine errant, l’Amour, rempli de crainte,Scrutant pensivement le tain des cieux ternis,Cherche en vain, invisible à leur coupole éteinte,Le signe lumineux du lendemain promis,
Et meurtrissant ses flancs aux rocs que les ténèbresAccumulent avec dureté sous ses pas,Ou déchirant son front aux épines funèbresDont les sentiers sont pleins et qu’il n’aperçoit pas,
Se demande si l’aube encor voudra renaître,Si l’instant reviendra du triomphant midi,Et si Phébus enfin, lassé de reparaître,Dans l’espace à jamais ne s’est point refroidi.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources