Les Lauriers de l’Olympe, 1907· L’amour
La fuite
Voici le jour dardant ses flèches de lumière,Moins douces que ne sont tes traits, ô bel Amour !L’Univers sort vivant de la nuit meurtrière.Tout commence. L’aube est neuve. Voici le jour.
Cependant, au milieu de l’hymne qui s’élanceDu sein de la Nature en mille bruits confus,Mon cœur reste désert, et mon âme, en silence,Voit l’astre s’éployer mais ne s’entr’ouvre plus.
Les rayons se jouant aux verges des troènesEn respirent les fleurs avec le parfum dur.Ma bouche à la clarté dont l’atmosphère est pleineReste close, et mes yeux ne veulent point l’azur.
Les raisins, accrochés au nid feuillu des treilles,Sont comme des saphirs qui réfractent les cieux,Et les thyrses à grains des acides oseillesAgitent sous l’azur leurs sequins précieux.
Mais que me font l’ardeur palpitante du monde,Ces voiles de chaleur dont me couvre le vent ?L’Amour a repoussé ma main. Sa tête blondeJamais plus dans mes bras n’ira se reposant…
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources