Les Lauriers de l’Olympe, 1907· La nature
Septembre
A la fin du jour frémissantLa terre doucement repose,Cependant qu’une odeur de roseMonte au ciel constellé de sang.
Tout se calme. Un croissant de lune,Aux bords de l’horizon changeant,Accroche son ongle d’argentSur la robe de la nuit brune.
Ce rythme puissant, large et douxEst l’âme du bois qui respire.Hamlet, évoqué par Shakespeare,Passe, on dirait, auprès de nous.
O tranquillité ! Courbe pâleDe l’éther qui devient confus !Fraîcheur qu’entre les joncs touffusLe flot du lac dormant exhale !
O rumeur de l’obscurité,Grave et multiple symphonie,Senteur de foin qui se marieAux parfums de l’arrière-été !
Il n’est plus rien que le silenceQu’à peine troublent les jets d’eauDont l’infatigable fuseauTransperce l’ombre qui s’élance.
Le sommeil furtif a passéComme une mort sur la Nature,Et chaque chose est sa pâture,Tout être est par lui terrassé.
Les clameurs du jour ont fait trêve,Devant l’inéluctable paixQui tombe des voiles épaisOù l’heure s’enveloppe et rêve.
Sous les voûtes du firmamentQue l’ail très vaguement devine,Règne, en l’atmosphère divine,Le plus profond recueillement.
Seuls, parfois, un battement d’ailes,Un bruit mou de rameau froissé,Un friselis d’oiseau lassé,Un bond léger de sauterelles ;
Ou, près des arbres au repos,Sous l’épais tapis de l’hysope,Le forage obscur de la taupe,Avec ses mille soupiraux…
Mais, hélas ! dans les cœurs, ô Peine,Durant la nuit tu ne dors pas,Et comme eux à coups sourds tu batsAu fond de la poitrine humaine ;
Si bien qu’en respirant, ce soir,Les tièdes senteurs du silence,Mon âme craint ta violenceEt ne peut s’ouvrir à l’espoir :
Car, malgré la bonne accalmieDe la ténèbre et du sommeil,Elle entend l’Épreuve, à l’éveil,Rôder sur la terre endormie.
56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources