Les Mirages, 1897· Rome et venise· Impressions de Venise
Le palais des doges
A André Rivoire.
IMMUABLE témoin des siècles de puissanceDont Venise conserve encor les purs reflets,Tu dresses près des flots, prodigieux palais,La splendeur et l’orgueil de ta magnificence.
Tu fus le cœur vivant de l’auguste Cité,Le foyer patrial, la demeure du DogeDont le manteau d’hermine aux larges plis de togeOrna plus d’un héros que l’Histoire a cité.
Le peuple remplissait ta cour et ses arcades,Montait ou descendait l’Escalier des Géants ;Artisans au repos, gondoliers fainéantsDormaient comme aujourd’hui le long de tes façades.
Et tu vis maintes fois des généraux hardisRamenant dans le port leurs flottes indomptables,Aux salles du Conseil, étaler sur des tablesLes traités d’alliance ou le butin promis.
Mais ta beauté pâlit sous des voiles funèbres,Ta gloire laisse place aux affreux souvenirs :Les cris des condamnés sur le Pont des Soupirs,L’horreur de tes cachots perdus dans les ténèbres.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Mirages, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1897· numérisation books.google.com· Sources