Les Mirages, 1897· Rome et venise· Impressions de Venise
Sansovino et la loggia
AU PIED DU CAMPANILE DE SAINT - MARC
DEVANT la Loggetta divine,Je veux chanter SansovinoDont le fier talent se devineEntre tous par son goût du Beau.
Sous ses mains adroites MercureAux yeux rieurs a vu le jour,Athènè, la déesse pure,Apollon, le dieu de l’Amour,
Et, taillée au bronze docile,Dans un modelé plein d’attraits,Malgré l’emprise difficile,La divinité de la Paix.
L’artiste illustre a fait revivreEn un bas-relief ravissantPhrixos que le Bélier délivreSur l’ordre de Zeus tout-puissant,
Puis Hellé qu’un destin tragiqueJeta mélancolique horreur !De la fable mythologiqueAu sein de la mer en fureur.
Une naïveté s’essoreDes groupes hardiment dressésDont l’attitude garde encoreL’orgueil des merveilleux passés.
Bienheureux le Maître qui créeLe chef-d’œuvre noble et parfait,Sa mémoire reste sacrée,Car il ne meurt pas tout à fait.
O Sansovino, dans VeniseQue de lèvres disent ton nom !Ton noble travail éterniseEt grandit toujours son renom.
Louange à toi, Maître intrépide !Ta gloire, qui ne s’éteint pas,Ressemble à la porte splendideQue pour Saint-Marc tu composas.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Mirages, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1897· numérisation books.google.com· Sources