Les Mirages, 1897· Rome et venise· Impressions de Venise
Nocturne
C’EST la Nuit, et la lune aux vagues du canalAllume des clartés. Nulle rumeur. Le rêveEffleure d’un vol lent les fronts, et l’heure brèveA l’horloge du Temps marque un cours moins banal.
Avec des mouvements d’oscillation douceLa gondole suit son chemin silencieux ;Des parfums de jasmin s’égrènent dans les cieux.Une guitare, au loin, supplie ou se courrouce.
Solitude. Repos. Calme et profonde paix.Palais sculptés, fleuris d’une grâce immortelle.Demeures découpant leur mauresque dentelleQui mire aux flots l’orgueil de ses marbres épais.
La barque au col étroit, glissant sur l’onde grise,Creuse en son lit flexible un sillage écumant ;Sur la poupe, debout, le batelier ramantMurmure un chant d’amour à la belle Venise.
Passé, que ne peux-tu revivre de nouveauPour animer chaque logis, chaque coupole,Et repeupler la NécropoleEndormie à jamais sur l’eau !
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Mirages, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1897· numérisation books.google.com· Sources