Les Mirages, 1897· Rome et venise· Impressions de Venise
Le lido
LA vague aux rythmes doux, harmonieux et tendres,Sur une plage d’or vient mourir au Lido,Et le souffle berceur qui ride ou frôle l’eauFait courir sur la mer de lumineux méandres.
A l’horizon se perd le rivage argenté,Imprégné des senteurs de la brise marineDont la vigueur salée emplissait la poitrineDe Byron, chevauchant son coursier indompté.
Au ras des flots dormants le miroir des lagunesRéfléchit, par delà Saint- Lazare, un ciel pur.L’Adriatique au loin, qui tend son bras d’azurVers la divine Hellas, lèche l’herbe des Dunes.
C’est ici que jadis doges, peintres, lettrés,Venaient de son labeur reposer leur penséeEn regardant Venise, en sa gloire dressée,Voiler au soir tombant ses charmes adorés.
Ici, prêtant l’oreille à la Muse enflammée,Gœthe mêla sa voix au chœur vibrant des flots.Ici, Musset poussa de déchirants sanglotsEt dit en vers émus l’abandon de l’Aimée.
Mais j’évoque surtout, en des temps très anciens,La foule des Troyens qui, fuyant leur patrie,Séduits par la beauté du site et sa féerie,En firent le berceau des vieux Vénitiens,
Ou des nobles Croisés l’armée omnicoloreQui dressa sur ce sol ses gonfalons heureux,Dont les pennons flottaient sur le camp valeureuxComme de belles fleurs que le jour voit éclore.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Mirages, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1897· numérisation books.google.com· Sources