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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Mélodies poétiques, 1890· Heures douces

Repos du cœur

(RÊVE)

Pierre de Bouchaud· 40 vers

Si, quand le chagrin, de son doigt morose,Inopinément vient toucher mon front,Vous découvriez, ô ma fraîche rose,D’où naquit le mal ou partit l’affront ;

Si, quand je pâlis d’amère souffrance,Vous en deviniez l’intime raison,En cherchant à faire entrer l’espéranceAu cœur où l’espoir n’est pas de saison :

Dites, pensez-vous alors que le baumeDe votre tendresse apparut plus douxA l’amant, dont le superbe royaumeComprend tout l’amour qu’il ressent pour vous ?

Ah ! vous le savez, chère bien-aimée,J’ai dans votre cœur, si noble et si pur,Une belle fleur, chaste et parfumée,Blanche ainsi qu’un lys ouvert à l’azur.

Jamais les grands vents, dont le souffle rudeHeurte si souvent mes esprits lassés,Ne viennent troubler, en leur quiétude,Ses rameaux par les zéphyrs caressés.

Autour d’elle on voit des roses sauvagesY tendre leur branche, en pleine vigueur ;Dans un jardin calme et loin des orages,Vous avez poussé, ma divine fleur !

O gaieté sereine, ô gaieté profonde,De goûter, auprès de votre parfum,Le charme bien doux d’être loin du monde,A l’abri de tout chagrin importun.

Comme un port tranquille offrant au navireUn asile sûr contre les gros temps,Je sens succéder la paix au délire,Lorsque près de vous, chère, je me rends.

Des amers soucis la nuit ténébreuse,En pures clartés se change soudain,Car à vos côtés, forte et valeureuse,L’espérance naît pour le lendemain.

Si bien que je trouve, en votre présence,Un palliatif contre les douleurs,Et que le fardeau de mon existenceN’est rien, grâce à vous, qui séchez mes pleurs.

40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Mélodies poétiques, Lyon, HENRI GEORG, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1890· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources