Rythmes et Nombres, 1895· Au fil des Pensées
Aquarelle
VIERGE, l’air parfumé que tiédit ton haleineCaresse tes cheveux, ton front, ta bouche en fleurs,Et sur ta nuque met de divines couleurs.
Parmi les lys d’argent dont la futaie est pleine,Tu chemines rêveuse, et grillon et phalèneSuivent tes pas légers. Les sinistres douleurs,
Terrifiant essaim qui toujours nous menace,Tremblent devant ton charme exquis et ta beauté.L’azur étincelant, le matin enchanté,
La rose au cœur pourpré, le papillon qui passe,Te disent : « O Prodige, ô Merveille de grâce,Que tes jours soient tissés de joie et de gaîté !
« Garde jalousement à l’abri des outragesLe trésor de ton cœur divin toujours fermé.Ah ! puisse le Désir, dans l’angoisse germé,
« Ne point troubler tes yeux de ses obscurs nuages,Tes yeux au doux regard que jamais les oragesDe l’âpre passion n’ont encore enflammé ! »
La Vierge, cependant qu’elle écoute attentive,Sourit au bel azur, aux fleurs, au clair matinPosant sur tout son frais manteau diamantin.
En elle, ô Pureté, coule ta source viveQui baigne, rafraîchit l’âme noble et naïveEt fait jaillir du cœur en paix un chant hautain.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rythmes et Nombres, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1895· numérisation books.google.com· Sources