Rythmes et Nombres, 1895· Au fil des Pensées
Chanson ancienne
AU sort d’une simple fleurTenait celui de ma vie ;Doux parfum, tendre couleurRendaient mon âme ravie.N’avais choisi des rosiersRose à l’épine sujette :Las ! en trouvai des milliersSur timide violette.
L’aube d’un riant matinEn fit don à la Nature ;Me flattais, ô galantin !De la garder fraîche et pure.Ne m’éloignai qu’un seul jour ;Par un autre fut cueillie,Et de douleur, au retour,Eus ma pauvre âme assaillie,
Depuis lors de mille fleurs.L’éclat n’a pu me distraire.Suis vaincu par les malheursEt languis seul sur la terre.Vois là mon cœur se flétrirComme un bouton sans rosée,Car le sens triste à mourirDe sa tendresse brisée.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rythmes et Nombres, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1895· numérisation books.google.com· Sources