Rythmes et Nombres, 1895· Au fil des Pensées
La vie
SOUS l’azur serein de l’étéOù Phébus met des fulgurances,Le cœur ne craint plus les souffrances,Le cœur ne se dit plus : « Ah ! tout n’est qu’apparences ! »L’on rêve à la belle gaîté.
Sous les brumes d’un ciel pâliOù l’automne a semé des ombres,L’âme pardonne aux heures sombres.Qui font de nos amours un amas de décombres.L’on rêve au bienfaisant oubli.
Sous le ciel obscur où l’hiverPromène ses fureurs sans trêve,L’esprit gémit de l’heure brève,Le Passé ténébreux comme un spectre se lève.Et l’on rêve au chagrin amer.
Puis lorsque au retour du PrintempsDe nouveau la menthe est fleurie,Quand l’air est plein de griserie,Le cœur s’ouvre, l’esprit chante, l’âme, ô féerie !Nargue les traîtrises du Temps.
Ici-bas, ainsi nous passonsDu rire étincelant aux larmes,De la joie aux vives alarmes ;Mais la vie est Circé, mais la vie a des charmesSi cruels et si doux que nous la chérissons.
25 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rythmes et Nombres, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1895· numérisation books.google.com· Sources