Rythmes et Nombres, 1895· Au fil des Pensées
Stoicisme
LORSQUE les pétales de l’âmeUn à un tombent, arrachés,Au vent des épreuves qui clame,En ses branchages desséchésLa douleur vient ourdir sa trame.
Et comme un rapace vautour,Au foyer de l’être qui pleureLe bonheur éteint sans retourDont il ne reste plus qu’un leurre,Le chagrin fixe son séjour.
Adieu les brises de caresses !Au firmament l’éclair reluit,Trouant les ténèbres épaissesQui jettent leur voile de nuitSur le cœur et sur ses ivresses.
Hélas ! où donc s’est envoléLe rossignol joyeux et tendreQui sous le ciel bleu constellé,Les soirs de mai, faisait entendreSon chant suavement perlé ?
Pour le pays des lauriers-rosesIl est parti le cher oiseau,Depuis qu’en l’âme sont déclosesLes primevères. Un réseauDe tristesse couvre les choses.
Or, en dépit de l’âpretéDe tes douleurs, Homme, mon frère,Demeure exempt de lâcheté ;Tourne tes yeux vers la lumièreDe l’Intellectualité.
En frappant tes tempes meurtries.Les soleils, quand ils reviendront,Rajeuniront tes fleurs flétriesEt de beaux jours succéderontAux heures d’angoisse pétries.
Courage donc, ami ; l’EspoirNe craint point la serre cruelleDu vautour Douleur sombre et noir ;Il est la clarté qui recèleUn supra-terrestre pouvoir.
C’est Lui qui donne la constance,Combat et repousse l’effroi,Fait une ardente résistanceAu fol et puéril émoi,Car les vertus sont sa substance.
Et c’est grâce à Lui que l’EffortRésiste à toutes les tempêtes,Comme un génie alerte et fortQui ne craint jamais de défaitesEt lutte seul contre la Mort.
50 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rythmes et Nombres, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1895· numérisation books.google.com· Sources