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un seul est le mot juste.

Rythmes et Nombres, 1895· Esquisses et Paysages

Ode au ciel bleu

Pierre de Bouchaud· 90 vers

O Ciel pur rempli de clartés,Où le soleil met ses gaîtésEt son sourire ;Ciel pur, pailleté de rayons,Qui jettes l’or sur les haillons ;Ciel que j’admire ;

Espace énorme au songe ouvert,Où je voudrais vivre à couvertDe tous désastres,Où mondes mouvants, jour et nuit,Dans ton azur glissent sans bruitDes milliers d’astres ;

Nef bleue où viennent retentirLes clameurs du Pauvre, martyrDe l’âpre vie,Et qui contemples nos douleurs,Nos chagrins lancinants, nos pleurs,Notre agonie ;

Ciel abhorré des cœurs aigris,Et qui, demeurant sourd aux crisDes sombres haines,Luis sur l’Apostat blêmissantQui te jette, en mourant, le sangNoir de ses veines ;

O grand Ciel, Ciel immaculéRestant toujours invioléPar les nuages,Inaltérablement sereinEt jamais terni par l’airain.Des forts orages ;

Ah ! ce n’est point pour ta splendeur,Pour ton écrasante grandeur,Ciel ! que je t’aime,Ni parce qu’en te contemplantJe suis en face d’un troublantEt froid problème.

Mais c’est parce que tu souris.De ton azur je suis épris ;Ton allégresseEntre en moi mieux que l’air léger,Et je sens mon front s’allégerA ta caresse.

Ton immensité, vaste Ciel,Est faite d’immatériel.L’Angoisse austère,Sous ta coupole de saphir,S’évapore comme au zéphyrSèche la terre.

Car ta gaîté qui tombe à flotsTarit un instant les sanglots :Auprès des roses,Devant mes yeux émerveillés,Volent, rubis ensoleillés,Des mouches roses ;

Je vois s’incliner les foins mûrs,Et les blés d’or ; je vois les mursCouverts de vignes.Oiseaux, cigales et grillonsDisent ta gloire, et les sillonsTes dons insignes.

La rosée, où boivent les fleurs,Te reflète, ô Ciel, dans ses pleurs,Perles exquises,Brillant au cœur des lys pâmésOu dans les grelots parfumésDes blonds cytises.

Tes baisers remplis de soleilsChangent en beaux sommets vermeilsLes monts d’hermine.La Nature exulte et voiciQue l’Univers t’acclame aussi,Gloire divine !

Mais je te vénère surtoutParce que, sous ton dais bleu, toutVit, aime, rêve,Et qu’au sein de ton infiniUn Esprit regarde et bénitL’humaine grève.

Lorsque le poète, ici-bas,Lutte, souffre et n’aperçoit pasSon but, sa route,En tournant vers toi son regardLa paix revient tandis que partLe cruel Doute.

C’est pourquoi, tant que je vivrai,Je veux te chanter, Ciel sacré,Beau Ciel que j’aime,Qui souris à nos jeunes ans,Aux jours de vieillesse pesants,A la Mort même !

90 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rythmes et Nombres, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1895· numérisation books.google.com· Sources