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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Rythmes et Nombres, 1895· Silhouettes de Saisons· II Été

Septembre

Pierre de Bouchaud· 40 vers

SEPTEMBRE est le mois des couleurs très douces.Il couvre les prés de tons irisés.Sur chaque brin d’herbe on dirait posésDe beaux diamants éclairant les mousses.

Une brume fine ondoie aux lointains,Charge les buissons de longs plis de voiles,Met au ras du sol de légères toilesDont on voit frémir les plis incertains.

Le soleil levant verse sur les chosesL’éclat fulgurant de ses flèches d’or.Ce n’est plus l’été, ce n’est pas encorL’automne et les fonds de ses ciels moins roses.

C’est un temps serein, limpide et joyeux.La campagne a pris des airs d’allégresse,Ce n’est plus l’Été, mais c’est une ivresseQui sort de la glèbe et qui monte aux cieux.

Et la terre rit et la terre chanteL’hymne triomphal des fécondités.Le sublime orgueil des maternitésProjette partout une joie ardente.

Corbeilles au bras, vendangeurs, riez !Près des vieux tonneaux dansent les Silènes.Les raisins sont mûrs et les cuves pleines.Pressoir, fais effort sur tes ais pliés,

Pour verser à flots la liqueur insigne,Sang des pampres verts où l’on boit l’espoir,Oui, qu’à tes efforts, ô vaillant pressoir,Expire en vapeurs l’âme de la vigne !

Sur le verdoyant gazon du vergerLes arbres à fruits sèment leurs provendes,Pomme rouge, poire odorante, amandes,Noix, châtaigne et pêche au duvet léger.

Autour des ruchers les vives abeillesButinent l’hysope et le thym lilas,Ou vont, bourdonnant, d’un vol jamais las,S’abreuver au suc des grappes vermeilles.

Ainsi, fièrement, sous les cieux dorés,Tu t’épanouis, ô grande NatureQui donnes la vie à la CréatureEt qui la nourris de tes dons sacrés !

40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rythmes et Nombres, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1895· numérisation books.google.com· Sources