Les poëmes de l’amour et de la mer, 1876· III L’amour divin
VII. Aujourd’hui
O clairs ruisseaux qui des collinesAvec des murmures coulezA travers les prés déroulésDevant vos ondes cristallinesQui laissent, sous le ciel changeant,Voir un sable d’or ou d’argent ;
Fraîches fontaines où se baigneLa lune aux tièdes nuits d’été,Lorsque, dérobant sa beautéDerrière un nuage, elle peigneSes beaux cheveux tombant à flotsSur ses épaules et son dos ;
Grottes, forêts sombres et vertes,Consolatrices des grands cœursQui, fuyant les rires moqueurs,Après tant de douleurs souffertesSous votre ombre ont été chercherL’oubli du monde et se cacher ;
O sentiers déserts, pleins de roses,Pleins de parfums et pleins d’oiseaux,Brises chantant dans les roseaux,Fleurs sauvages à peine écloses —Tout ce que le riche universPorte en’germe de printemps verts,
Vous êtes à moi ! tous les charmesDes magiciens d’autrefoisMe retiennent au fond des bois :Vous êtes mon rire et mes larmes,Et nos âmes ne font plus qu’unSuave et mystique parfum.
A présent que mon âme‖ est mêlée à la vôtre,Nature dont j’entends‖ les sanglots et les cris,Que celui qui fut moi‖ n’est plus pour moi qu’un autre,De ceux qu’on a connus‖ et que l’on a chéris ;
Que s’est évanouie‖ au souffle des annéesLa forme en qui j’avais‖ incarné mon amour,Et qu’entre deux feuillets‖ je retrouve fanéesCes fleurs que, tant ému,‖ je reçus d’elle un jour ;
A présent que vainqueur‖ des misères du mondeComme d’un cauchemar‖ qui fuit à tout jamais,J ’ai retrempé mon cœur‖ dans une mer profondeDe force, de jeunesse‖ et d’éternelle paix,
Que m’importe la mort ?‖ A qui m’arrache-t-elle ?Quels adieux, quels sanglots‖ me briseront le cœur ?Précipité d’un bond‖ vers la vie immortelle,Je lègue ma poussière‖ à la nature en fleur !
Entre ses doigts puissants‖ tout se métamorphose ;Qu’elle fasse de moi‖ tout ce qu’elle voudra !Et transformé, mon être —‖ oiseau, lumière ou rose —Dans l’air rayonnera,‖ volera, fleurira.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 5(abbacc) 5(abab)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (30 de 8, 20 de 12)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 5 sizains, 5 quatrains
- Mots à la rime
- a collines / cristallines féminineb coulez / déroulés masculinec changeant / d’argent masculinea baigne / peigne féminineb d’été / beauté masculinec flots / dos masculinea vertes / souffertes féminineb cœurs / moqueurs masculinec chercher / cacher masculinea roses / écloses féminineb d’oiseaux / roseaux masculinec univers / verts masculinea charmes / larmes féminineb d’autrefois / bois masculinec qu’un / parfum masculinea vôtre / autre féminineb cris / chéris masculinea années / fanées féminineb amour / jour masculinea monde / profonde féminineb jamais / paix masculinea m’arrache-t-elle / immortelle féminineb cœur / fleur masculinea métamorphose / rose féminineb voudra / fleurira masculine
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les poëmes de l’amour et de la mer, Paris, Charpentier et Cie, Libraires-éditeurs, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources