Les poëmes de l’amour et de la mer, 1876· II La mort de l’amour
XXX. « Est-ce donc qu’il est vrai, dans cette âpre vallée »
Est-ce donc qu’il est vrai,‖ dans cette âpre valléeDe larmes, de sanglots‖ et de gémissements,Que notre âme ne peut‖ subir inébranléeNi d’intenses plaisirs‖ ni de rudes tourments ?
Et que le cœur humain‖ sitôt se rassasieDe sa propre jeunesse‖ et de la volupté,Et qu’admis dans l’Olympe‖ à manger l’ambroisie,Il lui prenne un dégoût‖ de l’immortalité ?
A peine il a saisi‖ ce qu’il suivait sans trêveQu’il le rejette au loin‖ avec des pleurs d’enfantEt dès qu’il a touché‖ le papillon du rêve,Il voit s’en envoler‖ la poussière d’argent.
Et rien ne reste plus‖ qu’un peu de jouissance,Cadavre du désir‖ mort dans toute sa fleur ;Et nous, muets d’horreur‖ devant notre impuissance,Nous restons sans amour‖ et la mort dans le cœur.
Nous avons tant vécu‖ que notre âme lasséeRéclame le silence‖ et la paix du tombeau ;Et debout sur le seuil‖ une morne pensée,Chantant des chants de mort,‖ renverse son flambeau.
Nous avons épuisé‖ les fraîches matinées,Les aromes, les voix,‖ les souffles, les rayons ;Les fleurs dont nous avions‖ nos têtes couronnéesNous ont empoisonnés‖ pendant que nous dormions.
Ah ! les nuits de plaisir‖ et de galanterie,Les guitares vibrant‖ dans l’air léger du soir,La fenêtre qui s’ouvre,‖ et puis la causerieAvec l’amant debout‖ au pied du balcon noir !
En me ressouvenant‖ de ces nuits sans pareilles,Si je veux à présent‖ jouer des airs nouveaux,Les passants attardés‖ se bouchent les oreilles,Car mon cœur — le maudit ! — sonne horriblement faux.
Nous n’avons pas menti‖ pourtant, chère infidèle,Quand la première fois‖ nous étions tout émus !Mais c’est la loi du monde‖ inflexible et cruelle :Nous avons tant aimé,‖ las ! que nous n’aimons plus !
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a vallée / inébranlée féminineb gémissements / tourments masculinea rassasie / l’ambroisie féminineb volupté / l’immortalité masculinea trêve / rêve féminineb d’enfant / d’argent masculinea jouissance / impuissance féminineb fleur / cœur masculinea lassée / pensée féminineb tombeau / flambeau masculinea matinées / couronnées féminineb rayons / dormions masculinea galanterie / causerie féminineb soir / noir masculinea pareilles / oreilles féminineb nouveaux / faux masculinea infidèle / cruelle féminineb émus / plus masculine
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les poëmes de l’amour et de la mer, Paris, Charpentier et Cie, Libraires-éditeurs, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources