Les poëmes de l’amour et de la mer, 1876· I La fleur des eaux
XXXIV. « Et nous coucher ensemble, immobiles et froids »
Ils sont morts jusqu’à l’âme, ils sont anéantis.(SULLY PRUDHOMME.)
Et nous coucher ensemble,‖ immobiles et froids,Nous étant plus aimés‖ que les héros célèbres,Et toujours égrenant‖ avec nos maigres doigtsLe rosaire glacé‖ des bonheurs d’autrefois,Dans notre lit muet‖ d’éternelles ténèbres.
Ah ! quelle volonté‖ pourrait nous réveiller ?Rien ne saurait tenter‖ notre chair assouvie.La trompette d’airain‖ du jugement dernierNe ferait pas dresser‖ nos fronts sur l’oreiller ;Rien ne vivrait pour nous‖ que l’ombre de la vie.
Nous n’aurions pas souci‖ des lis nobles et purs,Des immortelles d’or‖ et des tendres penséesQui s’épanouiraient‖ sur nos réduits obscurs ;Et, dédaigneux du bruit‖ et des soleils futurs,Nous nous réfugirions‖ dans les gloires passées.
Car, vois-tu, nous aurions‖ vécu jusqu’à mourir,Car pour vivifier‖ nos âmes épuiséesNous aurions desséché‖ les sources du désir ;Et pour que nos deux cœurs‖ pussent encor fleurir,Où seraient le soleil,‖ l’azur et la rosée ?
Versification
- Forme
- 4 quintils (quintils)
- Rimes
- 4(abaab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 4 quintils
- Mots à la rime
- a froids / doigts / d’autrefois masculineb célèbres / ténèbres fémininea réveiller / dernier / l’oreiller masculineb assouvie / vie fémininea purs / obscurs / futurs masculineb pensées / passées fémininea mourir / désir / fleurir masculineb épuisées / rosée féminine
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
20 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les poëmes de l’amour et de la mer, Paris, Charpentier et Cie, Libraires-éditeurs, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources