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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les poëmes de l’amour et de la mer, 1876· II La mort de l’amour

XLIV. La vengeance des étoiles

Maurice Bouchor· 19 quatrains, octosyllabes et alexandrins, 76 vers

C’était du temps que tu venais,En bondissant comme une chèvreDans l’or éclatant des genêts,T’abattre en riant sur ma lèvre,

Et que, trouvant tout impuissantA satisfaire nos tendresses,Nous nous mordions jusques au sangDans nos frénétiques ivresses.

Oh ! quelle moisson de baisersSous vos regards fat moissonnée,Cieux délicatement rosésD’une légère matinée !

Et la nuit, ô nuit folle, nuitNuptiale, nuit parfuméeDont se grisèrent elle et lui,Vous et moi, chère bien-aimée !

La petitesse de son piedA mes yeux était plus charmanteQue ce dais royal qu’un millierD’étoiles blanches diamante…

Qu’importait alors à mes vœuxLeur longue chevelure jaune,Si d’une boucle de cheveuxTu me voulais faire l’aumône ?

Dans les ténèbres de la nuit,Avec leurs torches renversées,Comme des fantômes, sans bruit,Marchent les étoiles glacées.

A travers les steppes désertsOù l’aquilon terrible vente,Elles dardent leurs grands yeux clairsQui me pénètrent d’épouvante.

Pourquoi me regarder ainsi,Et que vous ai-je fait, ô reines,Pour me poursuivre jusqu’iciA travers montagnes et plaines ?

La nuit est noire, je suis seul,Et votre œil fixe me regarde…Me tissez-vous donc un linceulDe votre lumière blafarde ?

Dans des robes de noir velours,Figures pâles et flétries,Elles me regardent toujoursComme d’implacables furies.

« Par cette nuit si douce‖ où quelque horloge d’orTe sonnait l’amour, me crient-elles,Comme un avare étant‖ couché sur ton trésor,Tu dédaignais les immortelles.

« Tu leur tournais le dos‖ dans ton orgueil humain,Et pourtant, pendant vingt années,Elles avaient guidé‖ tes pas dans le cheminEt veillé sur tes destinées.

Oh ! va, par cette nuit‖ l’amoureuse avait beauÊtre aussi blanche que la lune,Chaque étoile tenant‖ un nuptial flambeau,Tordait sa chevelure brune,

Sa crinière de pourpre‖ ou ses nattes d’or finQui traversaient la nuit profondeEt qui, grisant le cœur‖ comme un précieux vin,Versaient des parfums sur le monde.

Et là-haut dans la gloire,‖ au milieu des saphirs,Nous étions mille fiancéesVers qui pouvaient monter,‖ sinon tous tes désirs,Au moins une de tes pensées.

Eh bien, cette nuit-là,‖ puisque tu ne pus voirNotre clarté perçant les branches,La plaine soupirant‖ comme un frais encensoirEt le ciel plein de roses blanches,

Que ta lèvre oublieuse‖ alors ne daigna pasLaisser tomber une prière,Partout où le hasard‖ doit conduire tes pasNous voulons que notre lumière,

Souvenir et remords,‖ t’aille percer le cœur,Et qu’inutilement tu lèvesTes suppliantes mains‖ vers notre éclat moqueurComme l’éclat glacé des glaives. »

Versification

Forme
19 quatrains (quatrains)
Rimes
19(abab)
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (60 de 8, 16 de 12)· profil 8, 6+6
Strophes
19 quatrains
Mots à la rime
a venais / genêts masculineb chèvre / lèvre fémininea impuissant / sang masculineb tendresses / ivresses fémininea baisers / rosés masculineb moissonnée / matinée fémininea nuit / lui masculineb parfumée / bien-aimée fémininea pied / millier masculineb charmante / diamante fémininea vœux / cheveux masculineb jaune / l’aumône fémininea nuit / bruit masculineb renversées / glacées fémininea déserts / clairs masculineb vente / d’épouvante fémininea ainsi / jusqu’ici masculineb reines / plaines fémininea seul / linceul masculineb regarde / blafarde fémininea velours / toujours masculineb flétries / furies fémininea d’or / trésor masculineb crient-elles / immortelles fémininea humain / chemin masculineb années / destinées fémininea beau / flambeau masculineb lune / brune fémininea fin / vin masculineb profonde / monde fémininea saphirs / désirs masculineb fiancées / pensées fémininea voir / encensoir masculineb branches / blanches féminineb prière / lumière fémininea cœur / moqueur masculineb lèves / glaives féminine

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

76 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les poëmes de l’amour et de la mer, Paris, Charpentier et Cie, Libraires-éditeurs, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources