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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les poëmes de l’amour et de la mer, 1876· III L’amour divin

IX. Les féeries de la mer

Maurice Bouchor· 13 quatrains, décasyllabes, 52 vers

La mer, la mer !‖ Oh ! regardez là-basLa grande mer‖ toute blanche de voiles !Le soleil d’or‖ prend la mer dans ses brasEn des baisers‖ étincelants d’étoiles.

Paillettes d’or,‖ saphirs et diamantsFont miroiter‖ le riche écrin des vagues ;La nymphe glauque‖ aux murmures charmantsPeut prendre là‖ colliers, chaînes et bagues.

Et le poëte‖ amoureux des splendeursEn qui l’on voit‖ s’épanouir la vie,Aux flots, aux cieux,‖ aux sereines grandeursMêlé son âme‖ éperdue et ravie.

Et vers le ciel‖ il lève les deux mains :Salut ! salut !‖ sainte beauté physique !Nous ignorons‖ les sombres lendemains,Mais roule, ô mer,‖ ta profonde musique !

Quand verra-t-on‖ s’éteindre le soleil,Et quand la mer,‖ la grande âme vivante,Ensevelie‖ en l’éternel sommeil,Deviendra-t-elle‖ un lit noir d’épouvante ?

Silencieuse‖ épouvante des nuits,Sans rayons d’or‖ et sans ouragans sombres…Quand se perdront‖ les formes et les bruitsDans l’océan‖ mystérieux des ombres ?

Qui le dira,‖ soit-il prêtre ou savant ?Hors le soleil,‖ tout est obscur au monde :Mais quelque jour‖ se lèvera le ventPour balayer‖ l’existence féconde.

Mais nous, pourquoi‖ penser à l’avenir ?Joyeuse mer,‖ tu n’en es pas moins belle,Et le soleil,‖ avant de se ternir,Jette en nos yeux‖ encore une étincelle.

Et nous t’aimons,‖ nature au cœur amer,Grande nature‖ impassible et divine !Quand d’un rayon‖ tu réjouis la mer,La volupté‖ fait bondir ta poitrine.

Et quand l’amour‖ de tes splendeurs nous prend,Nous te donnons‖ notre sang et nos âmes,Et le souci‖ de l’art tranquille et grandBouche nos yeux‖ à la beauté des femmes.

Nous savons bien‖ que nous ne pouvons pasA tout jamais‖ nous suspendre à ta bouche ;Et que vers nous‖ s’avance à larges pasLa mort, l’amante‖ effroyable et farouche.

Mais va, sois belle,‖ et nous t’adorerons,Que les flots d’or‖ et d’azur soient ton trône ;Nous courberons‖ l’orgueil de nos grands frontsSous un rayon‖ du couchant vert et jaune.

Et nous verrons‖ saphirs et diamants,Paillettes d’or‖ et rubis des soiréesÉtinceler‖ au cou des flots charmants,Dans les cheveux‖ des vagues empourprées

Versification

Forme
13 quatrains (quatrains)
Rimes
13(abab)
Mètre
Décasyllabes· profil 4+6
Strophes
13 quatrains
Mots à la rime
a là-bas / bras masculineb voiles / d’étoiles fémininea diamants / charmants masculineb vagues / bagues fémininea splendeurs / grandeurs masculineb vie / ravie fémininea mains / lendemains masculineb physique / musique fémininea soleil / sommeil masculineb vivante / d’épouvante fémininea nuits / bruits masculineb sombres / ombres fémininea savant / vent masculineb monde / féconde fémininea l’avenir / ternir masculineb belle / étincelle fémininea amer / mer masculineb divine / poitrine fémininea prend / grand masculineb âmes / femmes féminineb bouche / farouche fémininea t’adorerons / fronts masculineb trône / jaune féminineb soirées / empourprées féminine

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les poëmes de l’amour et de la mer, Paris, Charpentier et Cie, Libraires-éditeurs, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources