Les poëmes de l’amour et de la mer, 1876· I La fleur des eaux
III. « Les feuilles dans les bois commencent à roussir »
Les feuilles dans les bois‖ commencent à roussir,Le ciel brûle, et la terre‖ inquiète et farouche,Comme pâmée, attend‖ que le soleil se couche.
Une dernière fois,‖ haletant de désir,Il enveloppera‖ les flancs de sa maîtresseD’une resplendissante‖ et féconde caresse.
Elle, accueillant l’époux‖ avec un grand soupir,Se roulera de joie‖ au sein des folles herbesQui gardent son empreinte‖ et ses poses superbes,
Et peu à peu, sentant‖ qu’elle va s’assoupir,La tête et les deux seins‖ rejetés en arrière,Laissera dans son corps‖ s’infiltrer la lumière.
Mais la brise marine‖ est fraîche, les mouettesPlanent dans la clarté‖ du pâle crépuscule,Et la paisible mer‖ en déferlant ondule,Comme un ruban moiré,‖ sur la plage muette.
Éveillez-vous, beaux yeux‖ d’argent de la nuit brune,Ouvrez-vous sur la mer,‖ palpitez dans l’espace,Joyeuses et riant‖ à la voile qui passe,Étoiles, doucement‖ naissez une par une !
Je vous regarderai‖ tremblantes, incertaines,Surgir à l’horizon‖ dans une brume exquise ;Puis vous resplendirez,‖ et mon âme conquiseVous aimera d’amour‖ comme des sœurs lointaines.
Heureux les jeunes cœurs‖ qui, par de telles nuits,Pourront s’épanouir‖ sous les cieux éblouis ;Qui, n’ayant pas vécu‖ leurs floraisons dernières,S’effeuilleront au vent‖ des amours printanières !
Qui seront de beaux lis‖ d’un éclat immortel,Et qui parfumeront‖ la montagne et le ciel…Ils s’en iront s’asseoir,‖ pensifs, sur la falaise,Et, sans aucun remords,‖ pourront s’aimer à l’aise.
Ils seront bien heureux‖ et s’aimeront assezPour ne jamais songer‖ à compter leurs baisers ;Ils auront devant eux‖ la mer, la nuit immense,Et leurs amours voilés‖ seront faits de silence.
On entend un chant sur l’eauDans la brune :Ce doit être un matelotQui veut se jeter à l’eauPour la lune.
La lune entr’ouvre le flotQui sanglote,Le matelot tombe à l’eau…On entend traîner sur l’eauQuelques notes.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 6[abba] 8[aa] 1[abacbc]
- Mètre
- Alexandrins et heptasyllabes (36 de 12, 6 de 7, 4 de 3)· profil 7, 3, 6+6
- Mots à la rime
- a roussir / désir masculineb farouche / couche fémininea maîtresse / caresse fémininea soupir / s’assoupir masculineb herbes / superbes fémininea arrière / lumière fémininea mouettes / muette féminineb crépuscule / ondule fémininea brune / une féminineb l’espace / passe fémininea incertaines / lointaines féminineb exquise / conquise fémininea nuits / éblouis masculinea dernières / printanières fémininea immortel / ciel masculinea falaise / l’aise fémininea assez / baisers masculinea immense / silence fémininea l’eau / matelot masculineb brune / lune fémininec l’eau / flot masculinea sanglote / notes féminine
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
46 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les poëmes de l’amour et de la mer, Paris, Charpentier et Cie, Libraires-éditeurs, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources