Dernières chansons, 1869
LV. Abrutissement
Les hommes sont si mauvaisQue, sans pleurer, je m’en vaisDu monde.Pour la haine ou l’amitiéJe n’ai plus qu’une pitiéprofonde.
Au point de nous empester,Chaque jour on voit monterLes fanges.Dans mon désespoir fougueuxJe ne crois pas plus aux gueuxQu’aux anges.
J’ai souffert tant de tourments,J’ai connu tant de sermentsFrivoles,Que j’évite avec grand soin,Amour, les lieux où de loinTu voles !
Las d’aller, les bras pendants,Des noirs coquins aux pédantsMoroses,J’ai placé tout mon orgueilÀ planter près de mon seuilDes roses.
Je mange et je dors en chienPlus rien de noble et plus rienD’austère !Comme d’un cruchon fêlé,Mon esprit s’en est alléPar terre.
Tout, d’ailleurs, en ce séjour,Suit le maître, et par amourL’imite ;Et la nature a luttéAvec ma stupiditéD’ermite.
Les arbres de mon jardinPenchent d’un air anodinLeurs têtes ;Et les bêtes dans ma courDeviennent de jour en jourPlus bêtes.
juin 1869.
Versification
- Forme
- 7 sizains (sizains)
- Rimes
- 7(aabccb)
- Mètre
- Heptasyllabes et dissyllabes (28 de 7, 14 de 2)· profil 7, 2
- Strophes
- 7 sizains
- Mots à la rime
- a mauvais / vais masculine, classiqueb monde / profonde féminine, classiquec l’amitié / pitié masculine, classiquea empester / monter masculine, classiqueb fanges / anges féminine, classiquec fougueux / gueux masculine, classiquea tourments / serments masculine, classiqueb Frivoles / voles féminine, classiquec soin / loin masculine, classiquea pendants / pédants masculine, classiqueb Moroses / roses féminine, classiquec orgueil / seuil masculine, classiquea chien / rien masculine, classiqueb D’austère / terre féminine, classiquec fêlé / allé masculine, classiquea séjour / amour masculine, classiqueb L’imite / D’ermite féminine, classiquec lutté / stupidité masculine, classiquea jardin / anodin masculine, classiqueb têtes / bêtes féminine, classiquec cour / jour masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Dernières chansons, Paris, M. Levy, 1872· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources