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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Melænis, 1857

Chant deuxième

Louis Bouilhet· sizains, alexandrins surtout, 640 vers

Aux jardins de César,‖ non loin du Tibre jaune,Parfois un chêne antique‖ aux beaux feuillages vertsSe dresse ; chaque branche,‖ escaladant les airs,De degrés en degrés‖ autour de lui frissonne,Et sur son front superbe,‖ ainsi qu’une couronne,Tremblent les astres d’or‖ et glissent les éclairs.

Ce chêne monstrueux,‖ titan aux larges hanches,C’est l’empire debout‖ dans toute sa hauteur.Du peuple, tronc rugueux,‖ partent, comme des branches,Prêtres aux bandeaux saints,‖ consuls aux robes blanches,L’édile, le tribun,‖ le grave sénateur,Jusqu’au faîte sublime‖ où plane l’empereur.

Mais la racine obscure‖ à la sève fertileQui serpente sous Rome‖ et qu’on semble oublier,C’est plus que le tribun,‖ le consul ou l’édile,Plus que le sénateur‖ et que le chevalier ;‒ Ô muse, prends ton luth,‖ et sous l’archet habile,Fais redire aux échos‖ le nom du cuisinier.

Le consul, en un jour,‖ peut sortir d’un suffrage,Le caprice des camps‖ forge les empereurs !Mais, outre l’art divin‖ qu’il reçut en partage,Il faut au cuisinier‖ les pénibles labeurs,La science profonde,‖ et que, dès son jeune âge,Il ait, comme un savant,‖ pâli sur les auteurs.

Pour régler des festins‖ la belle symétrie,Il lui faut le calcul‖ et la géométrie,La sculpture, qui taille‖ en dômes merveilleuxLa neige étincelante‖ et les gâteaux mielleux,L’histoire, qui du goût‖ donne la théorie,L’étude des saisons,‖ des hommes et des lieux ;

Il sait, il sait quels flots‖ vont roulant sur la plageLe crabe aux doigts crochus‖ et le blanc coquillage,Quel vent jusqu’à nos mers‖ pousse les esturgeons,D’où partent les faisans,‖ les grives, les plongeons,Et quand la mûre est bonne,‖ et pourquoi l’homme sage,Dans les prés seulement,‖ cueille les champignons

Aussi bien qu’Hippocrate,‖ il discute et critiqueDe toute herbe qu’il voit‖ l’effet et la saveur ;Aussi bien que Platon‖ il a sondé le cœur,Connaît des passions‖ l’origine authentique ;Et, d’arguments choisis‖ bardant sa rhétorique,Plus loin que Tullius‖ emporte l’auditeur.

La squille réjouit‖ l’homme qui désespère ;L’escargot africain‖ réveille l’esprit lourd ;Mêlée au vin de Cos,‖ l’oseille est salutairePour dissiper le soir‖ les tristesses du jour ;Le massique aux flots lents‖ provoque la colère ;Le falerne fumeux‖ aiguillonne à l’amour !

Il voit et prévoit tout,‖ l’effet avec la cause ;Mais en ce siècle où l’or‖ achète les serments,Quand dans un coffre-fort‖ toute gloire est écloseEt qu’en foule s’en vont‖ les nobles sentiments,Le cuisinier parfait‖ sait, avant toute chose,L’art de la politique‖ et des gouvernements.

Dans le triclinium‖ plus que sous le portique,La noblesse aujourd’hui‖ s’étale ; ‒ vous riez,Fils de Cincinnatus ;‖ mais venez ! Qu’on m’expliqueLa sportule, l’édile‖ aux dons multipliés,Et les banquets dressés‖ sur la place publique,Et dans le vin crétois‖ les plébéiens noyés !

C’est lui, c’est lui toujours !‖ Calme, avec un sourire,Près des fourneaux ardents,‖ sur les rouges tisons,Il prépare le vote‖ et les élections ;Sa faveur, tour à tour‖ se donne ou se retire ;Un mulet trop brûlé‖ fait osciller l’empire ;Plus ou moins de gingembre‖ importe aux nations !

Et tandis que le front‖ du candidat ruisselle,Qu’il s’agite inquiet,‖ que le peuple aux aboisDescend au champ de mars‖ des carrefours étroits,Lui, gardant comme un dieu‖ sa pose solennelle,Enferme les destins‖ de la ville éternelleDans le ventre béant‖ d’un sanglier gaulois.

Cigognes, rossignols,‖ pintades bigarrées,Murènes et turbots‖ nourris de sang humain,Sur les broches de fer,‖ dans les vases d’airain,Bruissent ; près des thons‖ et des carpes doréesBâille dans les grands plats‖ l’huître aux lèvres nacréesÉvohé ! Lucullus‖ sera consul demain !

Or, il n’était dans Rome‖ artiste plus habileQue Bacca, cuisinier‖ de Marcius l’édile ;Et ma lyre apprendrait‖ à nos petits-neveuxSon pays, sa cité,‖ le nom de ses aïeux,Si l’oubli, ce linceul‖ de toute gloire utile,Ne couvrait son berceau‖ d’un voile injurieux.

Qu’on descende, après tout,‖ de Caton ou de Dave,Qu’importe ! Envoi du ciel‖ ou présent du hasard,Le génie est sans père‖ et le talent bâtard !Pour moi, sans préjuger‖ cette question grave,J’aime le plat bien cuit‖ que m’apprête un esclave,Mieux qu’un ragoût manqué‖ par le fils de César.

Au reste, si Bacca‖ fut le premier dans RomePour orner de ses dons‖ les fêtes du dieu Côme,L’édile Marcius‖ était, de son côté,Le plus docte mangeur‖ que la terre eût porté,Et, depuis l’âge d’or,‖ on n’avait pas vu d’hommeQui digérât si bien,‖ Lucullus excepté.

Si l’on ne mange pas,‖ que faire dans la vie ?‒ Boire ! Dira quelqu’un.‖ ‒ l’édile en questionFaisait les deux ensemble‖ avec distinction.Toute chose frivole‖ est d’un retour suivie,L’amour, de la douleur ;‖ la gloire, de l’envie ;Il soupait, et je crois‖ qu’il avait bien raison.

Hélas ! Fils d’Apollon,‖ chantre au léger bagage,Que de fois j’ai rêvé,‖ la nuit, sur le rivage,Les banquets ruisselants,‖ la flûte au mol accord,Le vin qui monte à l’urne‖ et couronne le bord,Et l’huile parfumée‖ où la lumière nage,Comme un cygne d’argent‖ sur un lac au flot d’or !

Que de fois, dans l’agate‖ aux veines purpurines,Comme pour Cléopâtre,‖ esclaves gracieux,Mes songes m’ont tendu‖ ce breuvage des dieuxQui, sous ses flots mordants,‖ roulait des perles fines !Oh ! Les larges repas,‖ oh ! Les fêtes divines,D’où je me réveillais‖ pâle et le ventre creux !

Donc il soupait en roi,‖ ce qui sans doute expliqueSon amour pour les arts‖ et les discours latins ;Là Vénus, à travers‖ les vapeurs du massique,Fait mieux flotter à l’œil‖ ses contours incertains ;Avec l’onguent de Perse‖ et la rose d’Afrique,Poëtes et rhéteurs‖ complètent les festins.

Veuf, un bon estomac,‖ une tête à l’épreuve :C’était, je vous le jure,‖ un citoyen heureux ;Solon, qui de Crésus‖ a dessillé les yeux,N’eût pu lui présenter‖ d’argument qui l’émeuve ;Notre homme aurait jeté‖ sa bague dans le fleuve,Qu’au ventre des poissons‖ il en eût trouvé deux.

Comme il vide avec art‖ la coupe ciselée !Comme il s’étale bien‖ sur la pourpre des lits !Il a, pour le banquet,‖ mis la robe aux longs plis,Du cothurne montant‖ sa jambe est dépouillée,Et la feuille du myrte‖ en guirlande rouléeTremble dans ses cheveux‖ que l’ivoire a polis.

À leurs chaînons d’argent‖ les lampes suspenduesSemblent verser la vie‖ au marbre des statues ;Du safran syrien‖ flotte la vague odeur,Et dans des roseaux creux‖ soufflant avec ardeur,Deux mimes africains,‖ aux danses inconnues,Frappent de leur pied noir‖ les pavés de couleur.

Les lambris de la salle,‖ en des peintures vives,Étalent aux regards,‖ sous le pampre joyeux,Des satyres velus,‖ des nymphes fugitives,Et Paphos, et l’olympe,‖ et la table des dieux ;Hébé penche l’amphore‖ aux lèvres des convives,Svelte et dans le nectar‖ trempant ses blonds cheveux.

Une chasse plus haut‖ brille au plafond superbe :Près d’un cythise en fleurs,‖ la chèvre au front cornuSe dresse sur ses pieds ;‖ un beau chasseur tout nuDétache de son dos‖ ses dards liés en gerbe,Et deux chiens d’Étrurie,‖ avec leur cou tendu,Maigres, la langue aux dents,‖ semblent nager dans l’herbe.

De viande et de ragoûts‖ le souper dégarniFinissait ; car à l’heure‖ où ma scène s’engage,Marcius en était‖ aux figues de Carthage ;La grenade sanglante‖ entr’ouvrait à demiSes lobes parfumés,‖ et, d’étage en étage,Montaient l’amande verte‖ et le raisin jauni.

Au front des conviés‖ le vin jetait sa flamme ;Stellio, parasite,‖ approuvait de la voixDeux philosophes grecs‖ qui disputaient sur l’âme,Des chevaliers causaient‖ de leurs limiers crétois,Et, près d’un histrion‖ fardé comme une femme,Faisaient étinceler‖ les bagues de leurs doigts.

On entendait au loin‖ le jet d’une fontaineMêlant sa note humide‖ aux lyres de Lesbos ;Un poëte chantait‖ couronné de verveine,Et la strophe indécise‖ arrivait par lambeaux ;C’étaient les vers dansants‖ du vieillard de Téos,Joyeux comme un baiser,‖ légers comme une haleine :

Oh ! Moi, tout ce que je veux,C’est une maîtresse aimée,C’est ma barbe parfumée,Et des fleurs dans mes cheveux !

Le jour présent seul m’importe,Demain, c’est un inconnu !C’est un hôte mal venuQu’on doit laisser à la porte !

Le jour qu’on a sous la main,Il faut le passer à boire !Buvons donc, chantons victoireÀ Bacchus, au dieu du vin !

De peur que la mort avide,Sourde à mes cris superflus,Ne dise : « la coupe est vide,« Ami, tu ne boiras plus !… »

Puis, glissant à travers‖ les rumeurs incertaines,Les propos se heurtaient‖ avec les urnes pleines,Sentences, questions,‖ aphorismes joyeux :‒ Qu’un nombre impair convient‖ aux buveurs comme aux dieux ;‒ Que le sage, à ses pieds,‖ met les choses humaines ;‒ Et que le lièvre pousse‖ aux rêves amoureux.

« Et, d’ailleurs, s’écriait‖ un grec à barbe grise,« L’homme est un composé‖ de principes divers,« L’idée une harmonie,‖ et, quand le corps se brise,« L’âme, d’après Platon,‖ se mêle à l’univers.« ‒ Par le chien ! Dit Paulus,‖ c’était une sottise« Qu’Épicurus faisait,‖ de la jeter aux vers !… »

Avant d’aller plus loin,‖ je m’arrête, et pour cause,Sans régler le trajet,‖ j’ai mis ma barque à flot,Paulus arrive là,‖ pour le bien de la chose,Mais le bon goût voulait‖ qu’on le nommât plus tôt ;Les savants en riront ;‖ quant à moi, je supposeQu’il était du festin,‖ puisqu’il y dit son mot.

Il hantait volontiers‖ les soupers sans entraves,Où l’esprit, en jouant,‖ se mêle aux choses graves ;Philosophe acéré,‖ convive ingénieux,C’était lui qu’en son cœur‖ l’édile aimait le mieuxAprès un morse noir‖ qu’il nourrissait d’esclaves,Et Coracoïdès,‖ son bouffon aux gros yeux.

Cela dit, de la fête‖ écoutons le murmure,Doux bruit que Marcius‖ du geste et de la voixExcite tour à tour‖ et contient et mesure,Pareil au vieux Nestor,‖ dans le conseil des rois ;C’était un hôte aimable‖ et discret par nature,Qui de l’urbanité‖ suivait toutes les lois ;

Il savait des talents‖ faire la différence,Interrogeant son monde‖ avec discernement,Le rhéteur sur les mots,‖ l’histrion sur la danse,Le stoïque aux pieds nus‖ pour le raisonnement,Et disait au chasseur‖ surpris de sa science,Le nom des chiens de race‖ et leur tempérament.

Cependant, roulant l’œil‖ et gonflant sa narine,L’élève de Platon‖ étalait sa doctrine :« Tout se divise en trois,‖ dans le monde animé,« Les dieux supérieurs‖ ont l’olympe enflammé,« L’homme, empruntant au sol‖ sa première origine,« Cache un souffle divin‖ dans le corps enfermé.

« Entre eux sont les démons,‖ sans corps et sans figures,« De la chaîne éternelle‖ invisibles anneaux,« Ils vont de l’homme aux dieux,‖ fendant les vagues pures« De l’éther, messagers‖ des biens comme des maux,« Ils dirigent la foudre,‖ inspirent les augures,« Et tracent dans le ciel‖ la route des oiseaux.

« D’autres, plus près de nous,‖ pénates ou fantômes,« Protègent la famille‖ et le foyer joyeux,« De là naît le grand ordre,‖ en ce monde où nous sommes,« Et le sage prévoit‖ le but mystérieux…« ‒ Prévoir, dit Stellio,‖ c’est l’affaire des dieux !« ‒ Buvons, dit Marcius,‖ c’est l’affaire des hommes !

« ‒ Discutons, » dit Paulus ;‖ et, la main droite en l’air,De l’autre il ramena‖ sa tunique. à vrai dire,Il se peut qu’on empêche‖ un fleuve de couler,L’usurier d’aimer l’or,‖ la femme de séduire,Mon lecteur de bâiller‖ quand il vient de me lire,Mais on n’empêche pas‖ un rhéteur de parler.

Il se leva tout droit,‖ dans une pose antique,Rejetant ses cheveux,‖ comme un lion d’AfriqueSa crinière, et la voix‖ modulée avec art :« Dans mon sujet, dit-il,‖ je me lance au hasard ;« Le genre ne veut pas‖ d’exorde magnifique,« J’aurais l’insinuant,‖ s’il n’était pas si tard.

« ‒ Passons ! » dit Marcius,‖ en buvant l’eau glacéeDans une coupe d’ambre‖ aux perles de corail.« Il faut, reprit Paulus,‖ disposer mon travail :« En deux points capitaux‖ la thèse est divisée,« D’abord que la dispute‖ éclaire une pensée,« Puis que le vieux Platon‖ pèche par maint détail. »

Le philosophe grec‖ devint bleu de colère,Il serra ses deux poings‖ en murmurant tout bas ;Mais Paulus était loin,‖ Paulus n’entendit pas ;Comme un torrent des monts‖ qui brise sa barrière,Comme la lave chaude‖ au sortir du cratère,Comme la foudre aux cieux,‖ bondissant, à grands pas,

Il allait, il roulait‖ ses effluves sonores,Jetant à pleines mains‖ litotes, métaphores,Synecdoche, antiptose,‖ euphémismes polis,Dilemme au double dard,‖ sorite aux longs replis,Et tout ce qu’au rhéteur‖ versent de leurs amphoresLe bon goût, la science‖ et les maîtres vieillis.

Puis il adoucissait‖ l’hyperbole trop vivePar des preuves sans nombre‖ et des citations :« Devait-on isoler‖ la force intellective« Du cliquetis des mots,‖ du choc des passions ?« Le fucus noir s’attache‖ à la carène oisive,« La rouille au fer, le doute‖ à nos opinions…

« ‒ Et Platon ? Dit le grec.‖ ‒ m’y voici. ‒ point d’ambages !« ‒ Je cherchais, dit Paulus,‖ une transition ;« Et d’abord, je ferai‖ cette concession« Que d’un style sublime‖ il orna ses ouvrages,« Mais son esprit rêveur‖ se perd dans les nuages,« Et trop loin de ce monde‖ emporte la raison.

« Moi, je reste sur terre,‖ et la métempsycose« Me paraît quelquefois‖ une admirable chose ;« J’aime la vie éparse‖ au sein de l’univers,« Et l’âme qui s’agite‖ en ses états divers,« Exhalant ses parfums‖ dans la fleur demi-close,« Volant avec l’oiseau,‖ rampant avec les vers.

« Ainsi l’être montant‖ cette échelle mobile,« De degrés en degrés‖ arrive jusqu’en haut ;« Mais il reste lui-même,‖ et quel que soit son lot,« Conserve du passé‖ la trace indélébile…« ‒ Vous étiez, dit le grec,‖ un âne ? ‒ et vous un sot !« Par Pollux ! ‒ par Hercule !‖ ‒ arrêtez, fi l’édile,

« Je respecte Épicure‖ et j’adore Platon !« ‒ Que les sages sont fous !‖ » dit une voix flûtée ;Et Coracoïdès,‖ armé d’un long bâton,Vint tomber au milieu‖ de la table agitée :C’était un nain fort drôle,‖ à la mine effrontée,Dont le nez comme un bec‖ caressait le menton.

« Ohé ! Ne vidons pas‖ l’étable d’Épicure !« À quoi bon sur les mots‖ sans fin nous quereller ?« Laissons Platon dormir‖ et le bon vin couler !« Je m’embarrasse peu‖ des démons sans figure,« Et j’estime, à propos‖ des lois de la nature,« Que toute la sagesse‖ est de les violer !

« La vie est comme un marbre‖ à l’écorce rugueuse,« Le sage est le sculpteur‖ qui taille l’univers,« Il caresse le bloc‖ sous sa main amoureuse,« Il façonne, il polit,‖ en mille endroits divers ;« Et la forme s’asseoit‖ sur la pierre anguleuse,« Comme Vénus la blonde,‖ au dos houleux des mers !

« ‒ Fort beau ! Fit Marcius.‖ ‒ pour couper ma tirade« Je veux ta bague d’or,‖ dit le nain en courroux.« ‒ Prends ! ‒ je l’ai ! Maintenant,‖ où donc en étions-nous ?« Je vous disais, je crois,‖ que la nature est fade ;« Pour que la perle éclose,‖ il faut l’huître malade,« Et l’arbre mutilé‖ pour que les fruits soient doux !

« Je suis le fruit, je suis‖ la perle ! La nature« Avait l’intention‖ de me former géant,« Elle faisait son coup‖ et j’allais m’allongeant.« C’est l’art qui m’a sauvé‖ d’une telle envergure,« Et si je suis mignon‖ d’esprit et de tournure,« C’est qu’en un moule étroit‖ on me mit tout enfant :

« Je suis le nain joyeux‖ qui danse sur les roses,« J’aime le vin de Crète‖ et les faisans rôtis ;« Si le bon Marcius‖ n’eût arrangé les choses,« J’étais un fort bel homme,‖ et mangeais des pois frits ! »Puis le drôle en parlant‖ prenait de telles posesQue tous les conviés‖ se tordaient sur leurs lits.

Il tendait fièrement‖ sa jambe de pygmée,Il balançait la tête,‖ en clignotant des yeux,Et l’on applaudissait,‖ et de l’urne embauméeL’esclave, à larges flots,‖ versait les vins mielleux,Et les doctes soupeurs‖ à la face animée,La patère à la main,‖ buvaient comme des dieux.

Or, tandis qu’alentour‖ chacun faisait merveille,Jusqu’au lit du rhéteur,‖ le bouffon se glissa,Furtif et l’œil au guet ;‖ puis tout bas, à l’oreille :« Dans les jardins, dit-il,‖ j’ai laissé Marcia,« Pars vite, sans qu’un doute‖ à la table s’éveille !… »Entre Paulus et lui‖ la chose se passa ;

Puis le nain glapissant‖ d’une façon bizarre,De tous les animaux‖ sut imiter la voix,Le bêlement fêlé‖ de la chèvre aux abois ‒Le grognement du porc ‒‖ l’âne avec sa fanfare ‒La mouche qui bruit ‒‖ le matou qui s’effare ‒La chouette aux yeux verts‖ qui pleure dans les bois.

Le rhéteur profita‖ de cette conjoncture,Et du triclinium‖ se retira sans bruit ;Le clepshydre de verre,‖ où le temps se mesure,Dans l’ombre, goutte à goutte,‖ avait versé minuit,De façon que Paulus,‖ par l’avenue obscure,Ne vit pas Stellio‖ qui rampait après lui.

Il nous faut maintenant‖ déplacer cette histoire,Notre héros se pousse‖ à de nouveaux destins ;Adieu la lyre grecque‖ aux accords argentins !Adieu les paons truffés‖ sur les tables d’ivoire !Ô muse paresseuse,‖ amante des festins,Il est un temps d’agir,‖ ainsi qu’un temps de boire !

Dépose ton sourire‖ et tes bandeaux de fleurs ;L’action ! L’action !‖ Bondissante et rapide !‒ Pourtant on soupe encor,‖ la coupe n’est pas vide,Le banquet nage au sein‖ des suaves odeurs ;Laissons courir Paulus‖ où son amour le guide,Puisqu’on est bien ici,‖ pourquoi chercher ailleurs ?

‒ L’amour, me direz-vous,‖ est chose délectable ;Mais un repas d’édile‖ a bien son beau côté ;Épicure, le soir,‖ trouve l’amour blâmableEt déduit ses raisons‖ avec sagacité.Ô doutes de mon cœur !‖ Lutte ! Perplexité !Faut-il suivre Paulus ?‖ ‒ faut-il rester à table ?

Les cailles, pour combattre,‖ ont déjà pris l’essor,L’esclave les agace‖ et du doigt les attire ‒Restons ! L’histrion nu‖ va danser la satyre ;Pour fuir en pareil cas‖ Paulus est jeune encor !Quand est-il bon d’aimer ?‖ ‒ quand tu veux être pire !C’est le mot de Thalès,‖ et je l’approuve fort.

À quelque extrémité‖ que mon héros m’entraîne,Je jure par les dieux‖ que je cède à regret ;Paulus, dans les jardins,‖ marche d’un pied discret,La brise, autour de lui,‖ souffle sa tiède haleine,Tandis qu’au bord des cieux‖ la lune se promènePâle, et dans les rameaux‖ se montre et disparaît.

Sous les myrtes courbés‖ en arcades superbes,Les jets d’eau frémissants‖ montent comme des gerbes ;Le lierre, en noirs festons,‖ pend aux vases sculptés,Et les pas du rhéteur,‖ par l’écho répétés,Font lever en criant,‖ parmi les hautes herbes,De beaux oiseaux, de pourpre‖ et d’azur tachetés.

Les clameurs du banquet‖ arrivent presque éteintes ;Il va. De doux parfums‖ tombent des térébinthesEt l’on entend au loin,‖ mystérieux accord,Respirer lentement‖ la nature qui dort.C’est l’heure où, succombant‖ à de molles étreintes,Diane, aux buissons verts,‖ suspend son carquois d’or ;

C’est l’heure des baisers,‖ sous le feuillage humide,Les dieux aux pieds de bouc‖ s’éveillent dans les bois.Paulus s’est arrêté,‖ son cœur bat ; une voixL’appelle par son nom,‖ caressante et timide…Il regarde et, dans l’ombre,‖ une blanche chlamydeSe glisse, en ondulant,‖ par les sentiers étroits.

Le rhéteur aussitôt‖ composa sa tournure,Et, jusque sous les bras,‖ remontant sa ceinture :« Heureux, s’écria-t-il,‖ l’homme ici-bas jeté,« Qui sut gagner l’amour‖ d’une divinité !« Quelque chose de grand‖ se mêle à sa nature,« Le temple au serviteur‖ prête sa majesté !

« ‒ Ami, tu le sais bien,‖ je ne suis pas déesse,« Reprit la douce voix‖ aux sons harmonieux,« Tant de trouble sied-il‖ aux habitants des cieux ?« Je ne suis qu’une femme‖ et j’en ai la faiblesse !« Un mot me fait pâlir,‖ un seul regard me blesse,« Ami, tu le sais bien,‖ quand il part de tes yeux ! »

Et des mains écartant‖ un beau rosier punique,Marcia vint bondir‖ à côté du rhéteur ;Son œil aux cils d’ébène‖ étincelait d’ardeur.Le vent des nuits claquait‖ dans sa longue tunique.Je songe qu’il est temps‖ d’avertir le lecteurQue du vieux Marcius‖ c’était la fille unique :

Elle avait au bras gauche‖ un bracelet d’argent,Sa brune chevelure,‖ à des rubans tressée,Blondissait vers le bout,‖ sa poitrine oppresséeSoulevait dans ses bonds‖ le strophium changeant ;Et la bottine rouge,‖ à pointe retroussée,D’un croissant d’émeraude‖ ornait son pied charmant.

Phébé, du fond des cieux,‖ donnait en plein sur elle :« Marcia, dit Paulus,‖ en lui baisant les mains,« Les dieux se sont trompés‖ en te faisant si belle,« Puisqu’ils te laissent vivre‖ au milieu des humains ! »Et roulant dans ses doigts‖ le collier qui ruisselle,De la gorge pudique‖ il cherchait les chemins.

Il allait, indécis,‖ de merveille en merveille,S’enivrant aux parfums‖ qu’exhalaient ses cheveux,Frôlant les fins tissus,‖ et promenant ses yeuxDe la simarre blanche‖ à la toge vermeille,Puis faisait, en jouant,‖ sur son cou gracieuxSonner les bleus saphirs‖ de ses pendants d’oreilles.

« Verse, sur ton beau sein,‖ des perles et de l’or !« Marcia ! Marcia !‖ Garde ces riches voiles« Que prendrait Arachné‖ pour une de ses toiles !« Le luxe à ta beauté‖ ne saurait faire tort,« Uranus, à ton front,‖ suspendrait ses étoiles,« Que tes yeux en éclat‖ les passeraient encor ! »

Marcia l’écoutait‖ rieuse et confiante :« Paulus, quand je te vis‖ pour la première fois,« Ce n’était point ainsi,‖ dans le calme des bois,« C’était sur le forum ;‖ ta parole puissante« Remuait à longs flots‖ la foule frémissante,« Et je battais des mains,‖ suspendue à ta voix !

« Un pouvoir inconnu‖ m’enchaînait sur la place,« Avide, je buvais‖ ta parole qui passe,« Et, contemplant au loin‖ tout ce peuple arrêté,« Je rêvais le triomphe,‖ assise à ton côté !« Puis je te voulais seul,‖ à l’ombre, face à face,« Cachant dans mon amour‖ ta popularité !

« Car il me faut, vois-tu,‖ pour que mon cœur chancelle,« Celui qu’un peuple adore‖ et qu’il montre du doigt !« L’homme qu’on applaudit‖ et qui, bien mieux qu’un roi,« De toutes les beautés‖ peut choisir la plus belle ! »Elle étreignit Paulus‖ en palpitant d’émoi ;« D’ailleurs, je t’aime encor‖ pour tes grands yeux, » dit-elle.

Pâle et le sein brûlant‖ d’ardente volupté,Paulus, autour de lui,‖ sonda les noirs feuillages ;Le jardin frissonnait‖ mollement agité,Les étoiles sans bruit‖ glissaient dans les nuages…Ô dogmes vertueux !‖ ô préceptes des sages !Vous n’avez pas prévu‖ les brises de l’été !

Ils sont là tous les deux,‖ sous la voûte étoilée,Leurs regards dans la nuit‖ se cherchent, leurs cheveuxSe mêlent dans le vent ;‖ ainsi qu’au bord des cieuxDeux arbres l’un vers l’autre‖ inclinant leur feuillée,Ou comme deux oiseaux,‖ voyageurs amoureux,Qui se touchent de l’aile,‖ en prenant leur volée !

Mais… un murmure au loin‖ s’élève par instants.Le rhéteur inquiet‖ presse la jeune fille…Là-bas !… dans le chemin…‖ sous les rameaux flottants,Un bruit de pas résonne,‖ une lumière brille…Qui vint à point nommé‖ surprendre nos amants ?Ce fut ‒ ah ! Quel tableau !‖ ‒ le père de famille !

Marcius écumant‖ apparut devant eux,Un esclave à côté‖ l’éclairait immobile :« Par le Styx ! S’écria‖ le père furieux,« Traître ! Pendard ! Voleur !‖… outrage indélébile !…« Chez moi… dans ma maison…‖ la fille d’un édile !…« Un histrion pour elle !‖… ô sang de mes aïeux ! »

Le vieux patricien‖ frappait du pied la terre ;Il soufflait comme un phoque,‖ il se mordait les doigts,Haletant, hérissé,‖ terrible ; la colèreLui montait à la gorge‖ et lui coupait la voix ;Puis, quand il put parler,‖ ce fut comme un cratère,Tout ensemble éclata,‖ tout partit à la fois !

Les conviés, la face‖ encore épanouie,Accourent en tumulte‖ à ce rugissement ;Sondant avec terreur‖ sa disgrâce inouïe,Paulus est devant eux,‖ sans voix, sans mouvement ;Marcia, je suppose,‖ était évanouie,C’est ce qui reste à faire‖ en un pareil moment.

« Je vous prends pour témoins !‖ On m’insulte, on m’outrage ! »Et Marcius, tournant‖ comme un loup dans sa cage,Allait de l’un à l’autre.‖ » oh ! Le crime est flagrant ;« On boit mon vin de Crète,‖ et, pour dessert, on prend« Ma fille ! Et l’on se rit‖ du bonhomme, je gage,« Qui chante fleurs en tête,‖ et soupe en conquérant !…

« Tu ne m’attendais pas,‖ infâme, à cette fête !« Plus d’excuse à présent,‖ plus de mots superflus,« Je te tiens ! » dit l’édile,‖ en marchant sur Paulus.Mais ses bras étendus‖ retombèrent, sa têteS’injecta ; car Paulus,‖ pendant cette tempête,Avait pris les devants‖ et ne l’écoutait plus.

Nous l’avons dit déjà :‖ c’était un homme habile ;Outre son éloquence,‖ il franchissait les mursD’un bond, comme Rémus,‖ quand il fondait sa ville.L’ombre le protégea ‒‖ les nuages obscursSont à Vénus ‒ qu’un dieu‖ le sauve ! Car l’édileCherche, pour l’arrêter,‖ les moyens les plus sûrs.

« Au mur ! Courez au mur !‖ Il n’est pas loin encore,« Qu’on le prenne ! Au voleur !‖ Mes esclaves ! Mes chiens !« Mes convives, holà !‖ C’est vous qu’on déshonore,« Quand on touche à votre hôte,‖ ô mes dignes soutiens !« Des torches ! Mais partez !‖ La rage me dévore !…« Par Bacchus ! Qu’attend-on ?‖ Seriez-vous pas des siens ? »

La foule, en un moment,‖ dans l’ombre s’éparpille ;On se hâte ; on se heurte ;‖ on se roule en criant ;Le bruit des pas ‒ la voix‖ du père de famille,C’est une scène étrange ‒‖ un vacarme effrayant !D’esclaves effarés‖ tout le jardin fourmille,Et les rouges flambeaux‖ se croisent en fuyant !

« Le voici ! ‒ non ! ‒ plus loin !‖ ‒ c’est Chrysale ! ‒ c’est Dave« ‒ Finirez-vous ? » hurla‖ l’édile frémissant ;‒ Il eut beau s’emporter,‖ Paulus était absent ‒Sa colère dès lors‖ ne connut plus d’entrave,Il saisit un épieu,‖ sur le sable gisant :« Je suis trompé, dit-il,‖ et je vois qu’on me brave !

« Mais je me vengerai‖ de toute la maison ;« La croix à ces valets‖ qui trahissent le maître !« Les tenailles de fer !‖ Le feu ! La question !« S’il en est un de vous‖ que je rencontre ! Ah ! Traître,« Ah ! Furcifer, tu vas‖ apprendre à me connaître !… »‒ Et soudain au discours‖ il joignit l’action.

‒ Un esclave tomba,‖ les yeux sanglants, la têteOuverte. Marcius‖ bondissait furieux,Frappant de droite à gauche,‖ et parcourant les lieuxAu hasard ! La déroute‖ en somme fut complète ;Je reconnais pourtant,‖ véridique poëte,Qu’il en blessa beaucoup ‒‖ mais n’en tua que deux !

Comment on l’entraîna,‖ ce n’est point notre affaire ;La nuit reprit son calme‖ et sa sérénité,Et la lune entoura‖ de son voile argentéLes deux cadavres froids,‖ étendus sur la terre :« Dormez ! » dit le bouffon,‖ sortant avec mystèreD’un bosquet où, par crainte,‖ il s’était arrêté :

« Dormez ! La nuit est belle‖ et la brise embaumée !« Un bon lit vous attend,‖ sur le mont Esquilin !« Vous ne porterez plus‖ la chaîne accoutumée,« Vous ne tournerez plus‖ la meule du moulin !« À toutes vos douleurs‖ la barrière est fermée,« Citoyens de la tombe,‖ affranchis du destin ! »

Après ce beau discours,‖ le nain tourna la tête,Sans plus se soucier‖ du fatum inconstant ;Il sortit du jardin ;‖ nous en ferons autant ;Ma muse, abeille folle,‖ à tout buisson s’arrête ;Mais du sort de Paulus‖ le lecteur s’inquiète,Et son salut, pour nous,‖ est le point important.

Quand Paulus eut touché‖ le haut de la muraille,Il vit, ou pensa voir,‖ dans l’ombre, à quelques pas,Deux formes s’agiter,‖ qu’il ne reconnut pas.Déjà derrière lui‖ grouillait la valetaille,‒ La place n’était point‖ de celles où l’on bâille,Et, s’accrochant aux mains,‖ il atteignit le bas.

Comme il s’applaudissait‖ de sa vigueur agile,Un cri léger partit‖ dans le chemin obscur ;Notre homme, en s’effaçant,‖ rampa le long du mur,Et, sans se retourner,‖ courut jusqu’à la ville ;Car le bon Marcius,‖ comme un honnête édile,Avait, pour le temps chaud,‖ sa villa de Tibur.

Or, le groupe inconnu‖ qui s’agitait dans l’ombreSe composait d’un homme‖ au corps sec, au front bas,Qu’on voyait en parlant‖ remuer ses grands bras ;Puis d’une jeune femme,‖ à la tunique sombre,Dont l’œil, comme un éclair,‖ lançait des feux sans nombre,Quand le vent apportait‖ le bruit lointain des pas.

Ses longs regards suivaient‖ la route Tiburtine :« Stellio, prends ton or ;‖ il triomphe aujourd’hui !« Je n’ai pas vu ses traits,‖ mais je sens que c’est lui,« Dit-elle, aux battements‖ qui brisent ma poitrine !« Stellio, prends ton or !‖ Et que nul ne devine« D’où l’orage est venu‖ qui gronda cette nuit ! »

Le parasite au bond‖ saisit la récompense,Jura d’être discret‖ et s’éloigna soudain ;Gaiement les pièces d’or‖ lui sonnaient dans la main.Melænis à l’écart‖ se tenait en silence ;Chacun, sans qu’on la nomme,‖ eût reconnu, je pense,Celle qu’un soir Paulus‖ trouva sur son chemin ;

La fille qui logeait‖ aux bouges de Suburre,Et, par les nuits d’été,‖ chantait aux carrefours ;Pâle, elle frémissait,‖ puis levant ses yeux lourdsAu ciel : « je laverai‖ cette mortelle injure !« Paulus, tu peux aller,‖ souriant et parjure,« Je te suivrai partout,‖ je t’atteindrai toujours !

« Je te suivrai si près,‖ qu’en marchant, mon haleine« Ira dans tes cheveux,‖ de parfums ruisselants,« Toujours derrière toi,‖ par la ville ou la plaine,« Mon pas retentira ;‖ mes yeux étincelants« Te verront dans la nuit,‖ ô Paulus ; et ma haine« Étreindra ta jeunesse,‖ en ses réseaux brûlants !

« Comme la tombe aux morts‖ je te serai fidèle !« Je suis à toi ! Je suis‖ ton génie envieux ;« Je ne te cherchais pas,‖ quand tu vins, curieux,« Me trouver dans cette ombre‖ où mon passé m’appelle…« Je dansais dans la rue,‖ insouciante et belle,« Et j’avais, chaque soir,‖ des fleurs dans mes cheveux !

« Comme un ruisseau chantant‖ qui court par les prairies,« Mon cœur se répandait‖ en ses bonds incertains ;« Regarde, maintenant,‖ j’ai mes lèvres flétries,« Mon visage a pâli,‖ mes yeux se sont éteints,« Et tu jurais d’aimer,‖ à ces heures chéries« Où pour un seul baiser‖ j’ai livré mes destins !

« Ah ! Ah ! Tu croyais donc‖ m’échapper ? Cette idée« Te vint de me laisser,‖ ton désir assouvi,« Comme on jette aux bouffons‖ une coupe vidée,« Comme on brise un hochet‖ après qu’il a servi !« La chose, par Hercule !‖ était bien décidée !« Et peut-être, en effet,‖ que la matrone a ri !…

« Insensés ! J’étais là,‖ seule, dans l’ombre obscure,« Je comptais vos soupirs‖ et vos joyeux serments ;« Le piège était tout prêt,‖ j’attendis sans murmure,« La trahison veillait‖ sur vos embrassements ;« J’ai ramassé cet or‖ aux fanges de Suburre ;« J’avais la haine au cœur,‖ et j’ai dansé longtemps !

« Maintenant, tout repose‖ au loin dans les campagnes ;« La louve aux yeux brillants‖ se cache au fond des bois ;« Les grands pins chevelus‖ tremblent sur les montagnes ;« Des oiseaux bigarrés‖ on n’entend plus la voix :« Ô nuit au front d’ébène !‖ Et vous, blanches compagnes,« Étoiles qui roulez‖ par d’éternelles lois !…

« Flots du lac stygien,‖ puissances solitaires,« Mânes qui vous levez‖ la nuit sur les tombeaux !« Qu’il soit comme une proie‖ à mes longues colères,« Et qu’il paye à l’amour‖ ses dédains et mes maux ;« Pareil à ce chanteur‖ qui troubla les mystères,« Et dont l’Hébrus neigeux‖ a reçu les lambeaux !

Versification

Forme
Sizains
Rimes
32(abbaab) 1(abaabb) 33(ababab) 17(aabbab) 13(abbaba) 8(ababba) 3(abba) 1(abab)
Mètre
Alexandrins surtout (624 de 12, 16 de 7)· profil 7, 6+6
Strophes
104 sizains, 4 quatrains
Mots à la rime
a jaune / frissonne / couronne féminine, équivalenteb verts / airs / éclairs masculine, classiquea hanches / branches / blanches féminine, classiqueb hauteur / sénateur / l’empereur masculine, classiquea fertile / l’édile / habile féminine, classiqueb oublier / chevalier / cuisinier / l’air masculine, classiquea suffrage / partage / âge féminine, classiqueb empereurs / labeurs / auteurs masculine, classiquea symétrie / géométrie / théorie féminine, classiqueb merveilleux / mielleux / lieux masculine, classiquea plage / coquillage / sage féminine, classiqueb esturgeons / plongeons / champignons masculine, classiquea critique / authentique / rhétorique féminine, classiqueb saveur / cœur / l’auditeur masculine, classiquea désespère / salutaire / colère féminine, classiqueb lourd / jour / l’amour masculine, classiquea cause / éclose / chose féminine, classiqueb serments / sentiments / gouvernements masculine, classiquea portique / m’explique / publique féminine, classiqueb riez / multipliés / noyés masculine, classiquea sourire / retire / l’empire féminine, classiqueb tisons / élections / nations masculine, classiquea ruisselle / solennelle / éternelle féminine, classiqueb abois / étroits / gaulois masculine, classiquea bigarrées / dorées / nacrées féminine, classiqueb humain / d’airain / demain masculine, classiquea habile / l’édile / utile féminine, classiqueb petits-neveux / aïeux / injurieux masculine, classiquea Dave / grave / esclave féminine, classiqueb hasard / bâtard / César masculine, non classiquea Rome / Côme / d’homme féminine, classiqueb côté / porté / excepté masculine, classiquea vie / suivie / l’envie féminine, classiqueb question / distinction / raison masculine, classiquea bagage / rivage / nage féminine, classiqueb accord / bord / d’or masculine, classiquea purpurines / fines / divines féminine, classiqueb gracieux / dieux / creux masculine, classiquea explique / massique / d’Afrique féminine, classiqueb latins / incertains / festins masculine, classiquea l’épreuve / l’émeuve / fleuve féminine, classiqueb heureux / yeux / deux masculine, classiquea ciselée / dépouillée / roulée féminine, classiqueb lits / plis / polis masculine, classiquea suspendues / statues / inconnues féminine, classiqueb odeur / ardeur / couleur masculine, classiquea vives / fugitives / convives féminine, classiqueb joyeux / dieux / cheveux masculine, classiquea superbe / gerbe / l’herbe féminine, classiqueb cornu / nu / tendu masculine, classiquea dégarni / demi / jauni masculine, classiqueb s’engage / Carthage / étage féminine, classiquea flamme / l’âme / femme féminine, classiqueb voix / crétois / doigts masculine, classiquea fontaine / verveine / haleine féminine, classiqueb Lesbos / lambeaux / Téos masculine, classiquea veux / cheveux masculine, classiqueb aimée / parfumée féminine, classiquea m’importe / porte féminine, classiqueb inconnu / venu masculine, non classiquea main / vin masculine, équivalenteb boire / victoire féminine, classiquea avide / vide féminine, classiqueb superflus / plus masculine, classiquea incertaines / pleines / humaines féminine, classiqueb joyeux / dieux / amoureux masculine, classiquea grise / brise / sottise féminine, classiqueb divers / l’univers / vers masculine, classiquea cause / chose / suppose féminine, classiqueb flot / tôt / mot masculine, classiquea entraves / graves / d’esclaves féminine, classiqueb ingénieux / mieux / yeux masculine, non classiquea murmure / mesure / nature féminine, classiqueb voix / rois / lois masculine, classiquea différence / danse / science féminine, classiqueb discernement / raisonnement / tempérament masculine, classiquea narine / doctrine / origine féminine, classiqueb animé / enflammé / enfermé masculine, classiquea figures / pures / augures féminine, classiqueb anneaux / maux / oiseaux masculine, classiquea fantômes / sommes / hommes féminine, classiqueb joyeux / mystérieux / dieux masculine, classiqueb dire / séduire / lire féminine, classiquea couler / parler masculine, classiquea antique / d’Afrique / magnifique féminine, classiqueb art / hasard / tard masculine, classiquea glacée / divisée / pensée féminine, classiqueb corail / travail / détail masculine, classiquea colère / barrière / cratère féminine, classiqueb bas / pas masculine, classiquea sonores / métaphores / amphores féminine, classiqueb polis / replis / vieillis masculine, classiquea vive / intellective / oisive féminine, classiqueb citations / passions / opinions masculine, classiquea d’ambages / ouvrages / nuages féminine, classiqueb transition / concession / raison masculine, classiquea métempsycose / chose / demi-close féminine, classiqueb l’univers / divers / vers masculine, classiquea mobile / indélébile / l’édile féminine, classiqueb haut / lot / sot masculine, classiquea Platon / bâton / menton masculine, classiqueb flûtée / agitée / effrontée féminine, classiquea d’Épicure / figure / nature féminine, classiqueb quereller / couler / violer masculine, classiquea rugueuse / amoureuse / anguleuse féminine, classiqueb l’univers / divers / mers masculine, classiquea tirade / fade / malade féminine, classiqueb courroux / étions-nous / doux masculine, classiquea nature / envergure / tournure féminine, classiqueb géant / m’allongeant / enfant masculine, classiquea roses / choses / poses féminine, classiqueb rôtis / frits / lits masculine, classiquea pygmée / embaumée / animée féminine, classiqueb yeux / mielleux / dieux masculine, classiquea merveille / l’oreille / s’éveille féminine, classiqueb glissa / Marcia / passa masculine, classiquea bizarre / fanfare / s’effare féminine, classiqueb voix / abois / bois masculine, classiquea conjoncture / mesure / obscure féminine, classiqueb bruit / minuit / lui masculine, classiquea histoire / d’ivoire / boire féminine, classiqueb destins / argentins / festins masculine, classiquea fleurs / odeurs / ailleurs masculine, classiqueb rapide / vide / guide féminine, classiquea délectable / blâmable / table féminine, classiqueb côté / sagacité / Perplexité masculine, classiquea l’essor / encor / fort masculine, classiqueb attire / satyre / pire féminine, classiquea m’entraîne / haleine / promène féminine, classiqueb regret / discret / disparaît masculine, classiquea superbes / gerbes / herbes féminine, classiqueb sculptés / répétés / tachetés masculine, classiquea éteintes / térébinthes / étreintes féminine, classiqueb accord / dort / d’or masculine, classiquea humide / timide / chlamyde féminine, classiqueb bois / voix / étroits masculine, classiquea tournure / ceinture / nature féminine, classiqueb jeté / divinité / majesté masculine, classiquea déesse / faiblesse / blesse féminine, classiqueb harmonieux / cieux / yeux masculine, classiquea punique / tunique / unique féminine, classiqueb rhéteur / d’ardeur / lecteur masculine, classiquea d’argent / changeant / charmant masculine, classiqueb tressée / oppressée / retroussée féminine, classiquea elle / belle / ruisselle féminine, classiqueb mains / humains / chemins masculine, classiquea merveille / vermeille / d’oreilles féminine, classiqueb cheveux / yeux / gracieux masculine, classiquea l’or / tort / encor masculine, classiqueb voiles / toiles / étoiles féminine, classiquea confiante / puissante / frémissante féminine, classiqueb fois / bois / voix masculine, classiquea place / passe / face féminine, équivalenteb arrêté / côté / popularité masculine, classiquea chancelle / belle / dit-elle féminine, classiqueb doigt / roi / d’émoi masculine, classiquea volupté / agité / l’été masculine, équivalenteb feuillages / nuages / sages féminine, classiquea étoilée / feuillée / volée féminine, classiqueb cheveux / cieux / amoureux masculine, classiquea instants / flottants / amants masculine, classiqueb fille / brille féminine, classiqueb famille / immobile féminine, classiquea eux / furieux / aïeux masculine, classiqueb indélébile / édile féminine, classiquea terre / colère / cratère féminine, classiqueb doigts / voix / fois masculine, classiquea épanouie / inouïe / évanouie féminine, classiqueb rugissement / mouvement masculine, classiqueb moment / flagrant masculine, classiquea m’outrage / cage / gage féminine, classiqueb prend / conquérant masculine, classiquea fête / tête / tempête féminine, classiqueb superflus / Paulus / plus masculine, classiquea habile / ville / l’édile féminine, classiqueb murs / obscurs / sûrs masculine, classiquea encore / déshonore / dévore féminine, classiqueb chiens / soutiens / siens masculine, classiquea s’éparpille / famille / fourmille féminine, classiqueb criant / effrayant masculine, classiqueb fuyant / frémissant masculine, classiquea Dave / d’entrave / brave féminine, classiqueb absent / gisant masculine, classiquea maison / question / l’action masculine, classiqueb maître / Traître / connaître féminine, classiquea tête / complète / poëte féminine, classiqueb furieux / lieux / deux masculine, classiquea affaire / terre / mystère féminine, classiqueb sérénité / argenté / arrêté masculine, classiquea embaumée / accoutumée / fermée féminine, classiqueb Esquilin / moulin / destin masculine, classiquea tête / s’arrête / s’inquiète féminine, classiqueb inconstant / autant / important masculine, classiquea muraille / valetaille / bâille féminine, classiqueb pas / bas masculine, classiquea agile / ville / édile féminine, classiqueb obscur / mur / Tibur masculine, classiquea l’ombre / sombre / nombre féminine, classiqueb bas / bras / pas masculine, classiquea Tiburtine / poitrine / devine féminine, classiqueb aujourd’hui / lui / nuit masculine, classiquea récompense / silence / pense féminine, classiqueb soudain / main / chemin masculine, classiquea Suburre / injure / parjure féminine, classiqueb carrefours / lourds / toujours masculine, classiquea haleine / plaine / haine féminine, classiqueb ruisselants / étincelants / brûlants masculine, classiquea fidèle / m’appelle / belle féminine, classiqueb envieux / curieux / cheveux masculine, classiquea prairies / flétries / chéries féminine, classiqueb incertains / éteints / destins masculine, classiquea idée / vidée / décidée féminine, classiqueb assouvi / servi / ri masculine, classiquea obscure / murmure / Suburre féminine, classiqueb serments / embrassements / longtemps masculine, classiquea campagnes / montagnes / compagnes féminine, classiqueb bois / voix / lois masculine, classiquea solitaires / colères / mystères féminine, classiqueb tombeaux / maux / lambeaux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

640 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Melænis : conte romains, Paris, M. Levy, 1857· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources