Poésies. festons et astragales, 1859
A une femme
Quoi ! tu raillais vraiment,‖ quand tu disais : Je t’aime !Quoi ! tu mentais aussi,‖ pauvre fille !… A quoi bon ?Tu ne me trompais pas,‖ tu te trompais toi-mème,Pouvant avoir l’amour,‖ tu n’as que le pardon !
Garde le, large et franc,‖ comme fut ma tendresse !Que par aucun regret‖ ton cœur ne soit mordu :Ce que j’aimais, en toi,‖ c’était ma propre ivresse ;Ce que j’aimais, en toi,‖ je ne l’ai pas perdu !
Ta lampe n’a brûlé‖ qu’en empruntant ma flamme !Comme le grand convive‖ aux noces de Cana,Je changeais en vin pur‖ les fadeurs de ton âme,Et ce fut un festin‖ dont plus d’un s’étonna !
Tu n’as jamais été,‖ dans tes jours les plus rares,Qu’un banal instrument‖ sous mon archet vainqueur,Et, comme un air qui sonne,‖ au bois creux des guitares,J’ai fait chanter mon rêve‖ au vide de ton cœur.
S’il fut sublime et doux,‖ ce n’est point ton affaire !Je peux le dire au monde‖ et ne te pas nommer ;Pour tirer du néant‖ sa splendeur éphémère,Il m’a suffi de croire !‖ il m’a suffi d’aimer !
Et maintenant, adieu !‖ suis ton chemin, je passe !Poudre d’un blanc discret‖ les rougeurs de ton front ;Le banquet est fini,‖ quand j’ai vidé ma tasse,S’il reste encor du vin,‖ les laquais le boiront !
Versification
- Forme
- 6 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 6(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 6 quatrains
- Mots à la rime
- a t’aime / toi-mème féminine, classiqueb bon / pardon masculine, classiquea tendresse / ivresse féminine, classiqueb mordu / perdu masculine, classiquea flamme / âme féminine, classiqueb Cana / s’étonna masculine, classiquea rares / guitares féminine, classiqueb vainqueur / cœur masculine, classiquea affaire / éphémère féminine, classiqueb nommer / d’aimer masculine, classiquea passe / tasse féminine, classiqueb front / boiront masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies. festons et astragales, Paris, LIBRAIRIE NOUVELLE, 1859· numérisation gallica.bnf.fr· Sources